Gaz : stocks nordiques solides, mais Ormuz maintient la pression sur les prix
Stocks de gaz nordiques à plus de 85 %, mais tensions à Ormuz, Brent à 117 $ et gaz au-dessus de 101 €/MWh : le risque européen est tarifaire.
Des réserves rassurantes, un risque déplacé
Au 29 octobre 2026, la Suède affichait un taux de remplissage de 90,45 % et le Danemark de 85,69 %, soit 7,36 TWh en réserve pour ce dernier. À ce niveau, le danger immédiat d'une pénurie physique semble limité dans ces deux pays. Le risque se déplace vers le prix, déterminé bien au-delà des frontières nordiques.
Ormuz : un risque qui se compte en navires immobilisés
Le Joint Maritime Information Center a recensé 18 attaques confirmées dans le détroit depuis le 6 octobre et maintient son évaluation de menace à « SEVERE ». Au 1er novembre, environ 490 navires attendaient à l'extérieur du détroit, alors que 119 transits seulement, facilités par les États-Unis, ont été enregistrés entre le 29 et le 31 octobre. Le 30 octobre, le méthanier AL MAYEDA de Nakilat a été touché dans le Golfe : un incendie s'est déclaré, sans blessé, et le navire est resté opérationnel. Le Qatar a dénoncé une menace pour la sécurité énergétique mondiale.
De la prime de risque à la facture européenne
Le mécanisme est simple. Des cargaisons de brut et de GNL exposées, des délais de transit allongés : les acheteurs réclament une prime. L'Europe, qui rivalise avec les autres importateurs de GNL, la paie. Les repères du dossier vont dans ce sens : Brent à 117 dollars, gaz européen au-dessus de 101 euros/MWh pour la première fois depuis 2022. Même une frappe sur la raffinerie saoudienne de Ras Tanura, 550 000 barils par jour, a suffi à pousser les cours d'environ 1 %. Le PDG de TotalEnergies estime par ailleurs que la politique européenne de stockage, à courte vue, renchérira les coûts.
L'électricité reflète cette tension. Le 30 octobre, le prix day-ahead atteignait 250,85 €/MWh en Tchéquie, 254,14 en Suisse, 250,56 au Danemark (DK-1) et 211,19 au Portugal, contre 77,51 en Finlande. Cet écart suggère, sans le démontrer, que l'exposition au gaz marginal pèse davantage que le niveau de stockage local.
La diversification reste un projet
Réunis à Montréal les 29 et 30 octobre, l'Union européenne et le Canada ont décidé une étude de faisabilité sur des exportations de GNL vers l'Europe. Aucun volume, prix, calendrier ou terminal n'a été fixé. Liquéfaction, transport et regazéification exigent des investissements et des contrats : cette piste n'allège pas l'hiver qui s'annonce.
Ce que les données ne disent pas
Le dossier ne chiffre le stockage que pour deux marchés de taille modeste, sans taux agrégé pour l'Union. Les niveaux de Brent et de gaz proviennent de titres, sans historique. L'AL MAYEDA est resté en service et aucun volume de GNL qatari perturbé n'est documenté. Enfin, le lien entre prix du gaz et écarts d'électricité reste une hypothèse.
Une conclusion proportionnée
Les stocks nordiques observés protègent contre la rupture physique, pas contre la volatilité. Tant que le trafic à Ormuz reste entravé, la prime de risque continuera de peser sur la facture énergétique européenne, quelle que soit la quantité de gaz stockée.
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