Géopolitique & Défense • 3 min de lecture • Kambelys Intelligence Analyse assistée par IA

Sanctions contre le RDIF : un petit fonds, un grand enjeu

Washington envisage d'alléger les sanctions contre le RDIF, fonds russe de 29 Mds$. Un enjeu géopolitique majeur malgré un poids financier limité.

Washington envisagerait d'alléger les sanctions visant le fonds souverain russe RDIF, que le Trésor américain qualifiait de « caisse noire » de Poutine. Le fonds pèse peu à l'échelle macroéconomique, mais il sert de porte d'entrée au Kremlin. C'est ce qui explique l'ampleur des enjeux et des résistances.

Une levée des sanctions qui ne relève plus du tabou

Quatre jours après le début de l'offensive contre l'Ukraine, les États-Unis et leurs alliés avaient inscrit le Fonds russe d'investissement direct (RDIF) sur leur liste de sanctions. Le 28 octobre, un conseiller du Kremlin, Iouri Ouchakov, a reconnu que son allègement faisait l'objet de discussions, sans en préjuger le résultat.

Un fonds modeste à l'échelle macroéconomique

Créé en 2011, le RDIF revendique 2 300 milliards de roubles, soit 29 milliards de dollars d'investissements depuis ses débuts, dont environ 80 % proviennent de fonds partenaires. Parmi eux figure le fonds public d'investissement saoudien. Pour l'économiste Iikka Korhonen, de l'Institut de la Banque de Finlande pour les économies émergentes, la taille du fonds est « minuscule » à l'échelle macro. Sur le plan strictement financier, l'enjeu d'un déblocage paraît donc limité.

Un canal de négociation avant d'être un portefeuille

La valeur du RDIF tient ailleurs. Son directeur général, Kirill Dmitriev, est l'émissaire économique du Kremlin depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Il a rencontré à de nombreuses reprises, sur seize mois, l'émissaire américain Steve Witkoff et Jared Kushner. Il a aussi joué un rôle déterminant dans l'accord autorisant l'importation de diesel russe aux États-Unis.

Le mécanisme est lisible. Les sanctions servent de monnaie d'échange dans un rapprochement plus large. Lever celles qui visent le fonds de l'interlocuteur principal reviendrait à légitimer ce canal et à rouvrir aux capitaux américains un véhicule historiquement orienté vers les secteurs jugés stratégiques par Vladimir Poutine. Dmitriev l'assume : « la glace a commencé à se briser », déclarait-il le 16 octobre, en annonçant d'autres initiatives.

Des résistances à Washington

Cette trajectoire se heurte à une opposition transpartisane. L'accord sur le diesel est vivement critiqué par des élus démocrates et certains républicains, qui y voient une entorse à l'esprit d'une loi de sanctions récemment adoptée. Plusieurs évoquent même une possible responsabilité pénale pour les entreprises américaines importatrices. Un ancien haut responsable du Conseil de sécurité nationale résume l'enjeu : débloquer le RDIF reviendrait à privilégier l'investissement américain dans des projets proches du Kremlin plutôt que le soutien à l'Ukraine. Les États-Unis avaient déjà restreint les prêts et prises de participation américains dans le fonds en 2015, après l'annexion de la Crimée.

Ce que l'on ne sait pas

Aucune décision n'est prise. Les propositions de paix varient, et beaucoup penchent en faveur de Moscou, sans que l'on connaisse les contreparties que la Russie serait prête à offrir. Pour Korhonen, lever des sanctions sans rien obtenir en retour relèverait d'une politique « confuse ».

On peut donc retenir une conclusion prudente. Le débat sur le RDIF porte moins sur les montants que sur la légitimité d'un interlocuteur et la séquence de la normalisation. Son issue dépendra de la capacité du Congrès à contraindre l'exécutif et des gages que Moscou acceptera, ou non, de donner.

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