Safran mise sur un moteur low-cost pour les drones de combat
Safran développe le M30, un moteur low-cost de 3 tonnes de poussée pour les drones de combat collaboratif, attendu en 2030. La DGA cofinance, mais aucune comman
Un moteur volontairement modeste
Le 23 octobre, le motoriste a confirmé le développement du M30, attendu sur le marché en 2030. Il reprend l'architecture du Larzac, le moteur de l'Alpha Jet, qui délivre environ 1,4 tonne de poussée : le M30 en vise à peu près le double. Le M88 du Rafale et ses 7,5 tonnes sont écartés. Son directeur général, Olivier Andriès, assume ce choix : ce qui est recherché, c'est « un coût le moins élevé possible », pas le « nec plus ultra » en parties chaudes. La base technique a fait ses preuves : l'accord de maintenance signé en Égypte en 2024 couvre à lui seul plus de 280 Larzac.
Le cahier des charges fixe le prix plafond
Cette sobriété suit la logique de l'acheteur. Le 4 juin, la Direction générale de l'armement a adressé aux industriels une demande d'informations qui classe ces drones parmi les « objets réutilisables à coûts abordables ». Cette catégorie est distincte des « objets de haute valeur », facturés plus de 25 millions d'euros hors taxe l'unité. Le coût unitaire attendu, hors capteurs et armements, doit représenter une fraction de celui d'un chasseur habité. Le document interroge aussi sur la motorisation, si bien que le choix du moteur pèse dès la première étape. La DGA cofinance en outre le M30, sans que le montant soit public. En bridant sa technologie, Safran se cale donc sur le plafond de coût du drone.
Une fenêtre qui se resserre
Le mécanisme est simple : un moteur moins sophistiqué se développe plus vite et coûte moins cher, ce qui permet d'arriver avant les décisions d'achat. Safran en espère aussi des contrats annexes, car il veut équiper les mêmes drones en circuits carburant, capteurs et actionneurs. La concurrence avance pourtant. L'US Air Force a attribué le 17 juin ses premiers contrats de production à General Atomics et Anduril, deux ans après les prototypes. L'Allemagne vise le début des années 2030, et Helsing prépare un appareil de trois à cinq tonnes pour un premier vol en 2027. En France, le démonstrateur du drone furtif lourd est repoussé à 2035. Le M30, attendu en 2030, serait disponible cinq ans avant.
Des limites à ne pas ignorer
Aucune commande française n'est lancée : la demande d'informations n'engage ni achat ni appel d'offres, et Safran n'a pas dit y avoir répondu. Le coût de développement reste confidentiel. Le marché lui-même est mal cerné : un cabinet le chiffre à 1,33 milliard de dollars en 2025 pour 6,26 milliards en 2034 (16,5 % de croissance annuelle), un autre à 0,9 milliard pour 2,8 milliards en 2035.
Ce que l'on peut raisonnablement conclure
Le M30 est un pari industriel cohérent avec le signal de coût envoyé par l'acheteur public. Sa rentabilité dépendra toutefois de commandes qui n'existent pas encore et d'un marché dont la taille reste incertaine.
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