Raffinage : la guerre rappelle à l'Europe le prix des usines fermées
Raffinage : l'Europe a fermé un quart de ses raffineries en 20 ans. Avec un baril à 115 $, elle dépend des imports et Bruxelles relance le dossier.
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Une rente de raffinage pour ceux qui produisent
Les résultats trimestriels des majors américaines illustrent la mécanique. Exxon et Chevron ont battu les prévisions de bénéfices, portés par des marges de raffinage dopées par les conflits en Iran et en Ukraine. Chez Chevron, le bénéfice a presque triplé pour atteindre 9,9 milliards de dollars. Le baril se maintient autour de 115 dollars, faute de solution à la crise d'offre.
Le Mexique suit une logique comparable, à une autre échelle. Pemex indique avoir porté son traitement de brut d'environ 612 000 barils par jour en 2018 à plus de 1,1 million. La part des carburants vendus qui provient de ses propres installations est passée de 24 % à 87 %. L'entreprise l'attribue notamment à la raffinerie Olmeca et à des améliorations à Tula. Ces chiffres sont déclaratifs, mais la direction est nette : produire chez soi ce que l'on vend.
L'Europe paie ses fermetures
Le contraste est net avec l'Europe. En vingt ans, elle a fermé environ un quart de ses raffineries et réduit sa capacité d'environ 10 %. Elle comptait sur la transition pour réduire la demande d'essence et de diesel, et les coûts du système d'échange de quotas (ETS) et de la directive sur les émissions industrielles pesaient sur les marges. Le résultat est une dépendance accrue aux produits raffinés importés, au pire moment.
Le gaz européen a dépassé 100 euros le mégawattheure, son plus haut depuis 2022, et le choc énergétique a ajouté plus de 100 milliards d'euros aux factures d'importation du continent. Ce surcoût reflète l'ensemble de la crise, pas seulement le raffinage. Mais la chaîne est lisible : moins de capacité domestique, davantage d'exposition aux prix, et une marge qui profite à d'autres.
Bruxelles change de ton
La Commission a lancé un premier dialogue de haut niveau avec les raffineurs. Les raffineries de l'UE couvrent encore environ 70 % du kérosène et 85 % du diesel consommés en Europe. La dimension militaire pèse aussi, car l'OTAN doit pouvoir déployer et approvisionner 100 000 hommes en dix jours, ce qui suppose du carburant raffiné disponible sur place. Le pétrole brut importé ne remplace pas des capacités de transformation absentes. Bruxelles prévoit aussi une feuille de route sectorielle incluant biocarburants et e-carburants.
Des limites à garder en tête
Le dossier ne chiffre pas les marges de raffinage elles-mêmes, et les flux gaziers physiques des 23 et 24 octobre sont des instantanés trop partiels pour dégager une tendance. Les règles climatiques répondent à des objectifs légitimes, et l'industrie reste fragile : les discussions de fusion entre Galp et Moeve ont échoué.
Ce que l'on peut raisonnablement conclure
La crise actuelle montre que la capacité de raffinage rapporte et protège en période de tension. Elle n'établit pas pour autant que l'Europe renversera durablement sa trajectoire. Le défi sera de concilier sécurité d'approvisionnement et objectifs climatiques sans rouvrir les erreurs du passé.
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