Raffinage européen : le démantèlement devient un risque de défense
Raffinage européen : un quart des raffineries fermées en 20 ans. Sécurité énergétique, diesel et défense OTAN au cœur d'un pivot incertain à Bruxelles.
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Un parc réduit sur un pari de baisse de la demande
En deux décennies, l'Union européenne a vu fermer environ un quart de ses raffineries et sa capacité de traitement reculer d'environ 10 %. Les décideurs partaient du principe que la transition verte réduirait durablement la demande d'essence et de diesel. Deux dispositifs ont pesé sur les marges : le système d'échange de quotas d'émission, dont le plafond baisse et dont les quotas gratuits se raréfient, et la directive sur les émissions industrielles, qui impose des mises aux normes coûteuses.
Quand la dépendance devient une vulnérabilité
La conséquence est une plus grande dépendance aux produits raffinés importés. Les raffineries de l'UE fournissent encore environ 70 % du kérosène et 85 % du diesel consommés en Europe, mais l'exposition aux chocs extérieurs s'est accrue. Le gaz européen a dépassé 100 € le mégawattheure, son plus haut niveau depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022, sur fond de perturbations des flux de GNL par le détroit d'Ormuz. Le choc a ajouté plus de 100 milliards d'euros aux factures d'importation du continent. Le commissaire à l'énergie Dan Jørgensen parle d'un « signal d'alarme » pour l'Union.
La défense entre dans l'équation
Le dossier a pris une dimension stratégique. Le commissaire à la défense Andrius Kubilius rappelle que les approvisionnements en carburant conditionnent la mobilité militaire. Selon les modèles de préparation de l'OTAN, l'Alliance doit pouvoir déployer et ravitailler 100 000 soldats en dix jours, ce qui crée une demande brutale de carburant tactique. Le raisonnement est mécanique : des importations de brut ne remplacent pas des produits raffinés si les capacités de traitement manquent au moment d'un conflit. Dans le cadre d'AccelerateEU, la réglementation sera révisée pour faciliter l'accès des armées aux stocks stratégiques. Kubilius plaide aussi pour étendre le Central Europe Pipeline System vers le flanc oriental.
Un pivot réel mais encore peu défini
La Pologne, la Tchéquie et la Slovaquie réclament une stratégie de protection du raffinage : prévention des fuites de carbone, accès aux fonds européens pour la modernisation, prise en compte de la concurrence internationale dans l'ETS. Bruxelles a lancé son premier dialogue de haut niveau avec le secteur et annonce une feuille de route commune, incluant biocarburants et e-fuels.
Les limites sont nettes. Rien n'indique quelle part du surcoût de 100 milliards d'euros tient à la réduction du raffinage. Aucune mesure contraignante ni enveloppe chiffrée n'a été annoncée. Enfin, la Commission doit concilier ce virage avec ses objectifs climatiques.
Ce que les faits permettent d'affirmer est plus modeste : le raffinage européen n'est plus seulement un poste à réduire mais une composante de la sécurité d'approvisionnement. Reste à savoir si cela se traduira par des règles assouplies ou par une simple réorientation vers les carburants alternatifs.
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