Pétrole à 115 $, confiance en berne : l'inflation s'installe, les marchés résistent
Brent à 115 $, inflation supérieure aux salaires, confiance des ménages au plus bas depuis 2013 : l'économie réelle souffre, les marchés tiennent.
Un choc énergétique qui ne se résorbe pas
Huit mois après le début de la guerre entre les États-Unis et l'Iran, le détroit d'Ormuz reste la variable qui commande le reste. Le mois d'octobre a enregistré plus de 30 incidents maritimes dans la zone, contre 14 en septembre. Le baril de Brent se maintient près de 115 dollars, un niveau que la médiation conjointe du Qatar et du Pakistan contribue, pour l'instant, à contenir.
Le coût du transport en dit long sur la tension. Les taux de fret des très gros pétroliers ont progressé de plus de 1 600 % cette année. La référence TD3C, qui mesure le trajet Golfe-Chine, est passée d'environ 400 points fin juillet à près de 1 320 en octobre. Les navires qui franchissent Ormuz gagnent désormais plus de 1,4 million de dollars par jour. Un trajet Arabie saoudite-Chine coûte encore environ 33 dollars le baril, et les surestaries régionales atteignent 1 million de dollars par jour.
De la pompe à l'indice des prix
Ce renchérissement du transport et du brut se retrouve dans les prix à la consommation. Aux États-Unis, l'indice des prix de septembre a accéléré plus que prévu, tiré par l'énergie. Le diesel s'affiche à 6,30 dollars le gallon. Pour le sixième mois consécutif, l'inflation dépasse la progression des salaires : le pouvoir d'achat réel recule donc de manière continue.
Le marché du travail ne compense pas. L'économie américaine n'a créé que 29 000 emplois en septembre, contre 90 000 attendus par les économistes. Les ménages perdent à la fois en pouvoir d'achat et en visibilité sur leurs revenus. Les enquêtes d'opinion en témoignent. La part des républicains jugeant que la politique économique du président a aggravé la situation est passée de 18 % en janvier à 35 % en octobre. Celle de ceux qui anticipent une dégradation à un an est passée de 14 % à 25 %. Dans un électorat habituellement indulgent envers l'exécutif, ce basculement signale un malaise qui dépasse les clivages partisans.
La France : confiance au plus bas, indexation sous surveillance
En France, l'Insee relève que la confiance des ménages en octobre est au plus bas depuis 2013. L'indicateur synthétique perd 5 points. Le solde d'opinion sur la situation financière future chute de 9 points et celui sur la situation récente recule de 6 points. Le directeur du département analyses et prévisions de l'OFCE, Eric Heyer, en tire la conséquence : sans confiance, les ménages épargneront plus que d'habitude et consommeront moins. Il cite parmi les leviers un déblocage d'Ormuz pour faire reculer le pétrole, ou l'adoption d'un budget pour 2027.
Le cas français montre aussi les mécanismes d'indexation. Le smic a été revalorisé de 1,18 % au 1er janvier 2026, puis de 2,41 % au 1er juin, car l'inflation avait franchi le seuil légal de 2 % depuis la revalorisation précédente. Depuis le 1er juin, l'inflation cumulée n'est que de 0,94 %. Elle reste donc en dessous du seuil, mais le gouvernement envisagerait d'anticiper la hausse prévue en janvier. L'écart avec la situation américaine est notable : l'inflation y est plus forte, tandis que les salaires français sont partiellement protégés par la règle d'indexation.
Des marchés qui tiennent, pour l'instant
Face à ce tableau, les marchés financiers affichent un calme relatif. Le FTSE MIB milanais s'établit à 49 628 points, en hausse de 0,90 %. Le spread entre BTP italiens et Bunds allemands à dix ans ressort à 114,67, et l'euro cède 0,41 % face au dollar, à 1,113. Rien dans ces chiffres ne dessine une crise de défiance. Le crédit de long terme reste lui aussi ouvert pour les emprunteurs solides. Yinson Production a levé 1,458 milliard de dollars sur 13,3 ans, au prix de 98,164 % du nominal et avec un coupon fixe de 6,517 %. Les agences ont assigné des notations attendues de BBB+ et Baa2. Les investisseurs acceptent donc un rendement supérieur à 6,5 % pour des flux de trésorerie jugés très visibles.
Cette émission est utile comme thermomètre. Elle montre que le capital long existe, mais à un prix qui reflète l'environnement de taux et de risque actuel. Le dossier ne contient en revanche aucun niveau de taux directeur ni de rendement souverain. On ne peut donc pas mesurer ici la part du durcissement qui viendrait des banques centrales. Un analyste estime que la Réserve fédérale devrait relever ses taux mais ne le fera probablement pas. L'information est trop mince pour fonder une conclusion, mais elle souligne le dilemme : combattre une inflation d'origine énergétique alors que l'emploi faiblit.
Ce qui pourrait faire basculer le scénario
Plusieurs éléments nuancent la lecture d'un cercle vicieux inévitable. Le Brent est pour l'instant plafonné par les efforts de médiation. L'OPEC+ devrait maintenir ses objectifs de production de décembre après avoir achevé la remontée de 1,65 million de barils par jour. L'inflation française reste modérée. Et les actions n'ont pas encore sanctionné la détérioration de la confiance.
Mais les risques sont asymétriques. Les marchés pétroliers anticipent une possible escalade après les élections américaines du 3 novembre. Les attaques ne visent plus seulement les navires qui tentent de passer discrètement par Ormuz : un pétrolier a été touché dans la zone économique exclusive irakienne. Le conflit entre l'Arabie saoudite et les Houthis ajoute un front, avec une frappe revendiquée contre la raffinerie de Ras Tanura, d'une capacité de 550 000 barils par jour. Chaque événement de ce type se répercute rapidement sur le fret, le brut et, avec retard, sur les prix à la consommation.
Une divergence à surveiller
Ce que montre le dossier, c'est moins une crise financière qu'un écart croissant entre l'économie réelle et les marchés. D'un côté, des ménages dont le pouvoir d'achat se contracte et dont la confiance s'effrite, en France comme aux États-Unis. De l'autre, des indices boursiers stables et un crédit accessible aux émetteurs de qualité. Cet écart peut durer tant que le Brent reste contenu et que les marchés parient sur une désescalade. Il se refermerait brutalement en cas de nouvelle flambée énergétique, qui renforcerait à la fois l'inflation et la prudence des consommateurs. Les chiffres disponibles ne permettent pas de dater ce basculement, mais ils en désignent le principal déclencheur : Ormuz.
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