Guerre en Iran : profits records des majors, mais la rente énergétique s'érode
Shell, TotalEnergies et PBF affichent des profits records liés à la guerre en Iran, alors que les exportations du Golfe se normalisent.
Une rente de guerre bien visible dans les comptes
Le troisième trimestre 2026 illustre la façon dont une perturbation de l'offre se transforme en bénéfices. Shell a vu son bénéfice doubler à 10,8 milliards de dollars, tandis que TotalEnergies annonce 8,2 milliards de dollars sur le trimestre. Les deux majors signent leur meilleure performance trimestrielle depuis 2022, et des organisations réclament déjà une taxe exceptionnelle.
Le raffinage est le plus spectaculaire. PBF Energy, qui exploite six raffineries américaines, a dégagé 1,53 milliard de dollars de résultat net, contre 170 millions un an plus tôt. Sa marge brute atteint 34,56 dollars par baril, alors qu'elle restait à un chiffre un an auparavant. Le titre a gagné plus de 170 % depuis janvier.
Le mécanisme : pénurie physique, puis marges
La chaîne causale est simple. Les perturbations des exportations du Golfe raréfient le brut et les produits raffinés, les prix et les marges grimpent, et les compagnies qui détiennent des barils ou de la capacité de raffinage en profitent. Les investisseurs l'ont compris : Carlos Slim a cédé plus de 1,15 milliard de dollars d'actions pétrolières américaines cette année, dont environ 820 millions sur PBF, tout en conservant des participations d'environ 1,4 milliard.
Le Golfe se normalise
Le même mécanisme joue en sens inverse quand les flux reviennent. Des images satellites ont montré neuf supertankers amarrés aux terminaux saoudiens du Golfe, soit une capacité d'environ 18 millions de barils, le plus haut niveau de chargements depuis le début des hostilités. Parallèlement, les exportations pétrolières du Moyen-Orient seraient revenues à leurs niveaux d'avant-guerre. Plus l'offre se rapproche de la normale, moins la prime de rareté se justifie, et les marges de raffinage observées ce trimestre deviennent difficiles à maintenir.
Un marché gazier européen encore instable
Les données de flux physiques vers l'Allemagne confirment la volatilité. À Emden, l'entrée norvégienne atteignait 432 millions de kWh par jour le 23 octobre, puis 127,7 millions le lendemain. À Oberkappel, la sortie autrichienne est passée de 134,3 à 32,7 millions de kWh par jour. Ces écarts peuvent refléter des publications partielles autant qu'un vrai repli.
Ce que les données ne disent pas
Plusieurs limites s'imposent. Le dossier ne contient aucun prix actuel du brut ou du gaz, donc l'érosion de la rente n'est pas chiffrée. Les chargements saoudiens ne couvrent qu'une journée, et rien ne garantit qu'ils se répètent. Enfin, rien ne relie directement les flux gaziers observés aux profits pétroliers.
La conclusion raisonnable est la suivante : le conflit explique les profits records du trimestre, et les premiers signes de retour des exportations du Golfe indiquent que cette rente pourrait se réduire. Le rythme de cette normalisation reste à mesurer.
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