Gaz européen : un système tenu par la Norvège, sous la pression du GNL mondial
Gaz européen : les flux des 23-24 octobre montrent une dépendance au nord-ouest (Norpipe) et une tension sur le GNL mondial. Analyse et chiffres clés.
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Une carte des flux sans les routes de transit
Le 23 octobre, le point d'entrée d'Emden EPT1, sur la liaison Norpipe entre la Norvège et l'Allemagne, a enregistré 432 030 972,9 kWh/j. Au VIP TTF-THE-H, entre Pays-Bas et Allemagne, l'entrée atteignait 510 843 752 kWh/j pour une sortie de 97 928 411 kWh/j. À l'inverse, Mallnow (Yamal), VIP Waidhaus et Baumgarten TAG affichent zéro en entrée comme en sortie, les 23 et 24 octobre. Les routes de transit est-européennes ne contribuent donc plus au bilan observé.
Un marché mondial du GNL sous tension
Cette concentration intervient dans un contexte de concurrence accrue pour le GNL. Depuis le début de la guerre américano-iranienne fin février 2026, les flux du Golfe ont été perturbés et les prix ont triplé en un an. L'Inde en est un révélateur : ses importations d'octobre devraient atteindre un record de 2,8 millions de tonnes, en hausse de 18 % sur un an, avec un marqueur de la côte ouest à 32-33 $/MMBtu contre 11 $ un an plus tôt. Quand un grand acheteur asiatique absorbe des cargaisons à ces niveaux, l'Europe, privée de transit continental, dépend davantage du gaz norvégien par gazoduc et de sa capacité à rivaliser sur le GNL.
Une volatilité qui interroge
Les flux eux-mêmes sont instables. Entre le 23 et le 24 octobre, l'entrée à Emden passe de 432 à 127,7 millions de kWh/j, soit environ -70 %. La sortie de VIP Oberkappel vers l'Allemagne tombe de 134,3 à 32,7 millions de kWh/j (environ -76 %), et l'entrée de Tarvisio de 40,5 à 11,2 millions de kWh/j. Un système aussi concentré transmet vite aux marchés la moindre variation d'un point d'entrée.
Des prix qui racontent une Europe fragmentée
Le 23 octobre, les prix day-ahead de l'électricité s'échelonnent de 23,07 EUR/MWh en Finlande et 33,90 au Danemark Ouest à 124,90 en Tchéquie, 157,93 au Portugal et 227,27 en Suisse, soit près de dix fois l'écart entre les deux extrêmes. Ces prix reflètent d'abord les mix locaux et les contraintes d'interconnexion. Ils illustrent toutefois une Europe où l'exposition aux énergies importées varie fortement d'un pays à l'autre.
Les limites de la lecture
Il faut rester prudent. Le dossier ne couvre que deux jours, et la chute du 24 octobre peut tenir à la maintenance, à des effets calendaires ou à une publication partielle : l'entrée de Zevenaar n'est d'ailleurs pas renseignée. Aucune donnée de stocks ni de prix du gaz européen n'est disponible, et les prix cités concernent l'électricité. Les chiffres du GNL portent sur l'Inde, et leur transposition à l'Europe reste un raisonnement.
Ce que l'on peut conclure
Les données confirment un système gazier européen centré sur le nord-ouest, sans transit est-européen sur la période observée, au moment où le GNL mondial est cher et disputé. Elles ne démontrent ni pénurie ni tendance durable, mais elles désignent le point de fragilité : la dépendance à un petit nombre de points d'entrée dans un marché volatil.
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