Gaz européen : un réseau sans l'Est, suspendu à la Norvège et au GNL
Gaz naturel : routes orientales à zéro, Emden norvégien dominant, GNL moyen-oriental coupé. Prix à 97€, vulnérabilité européenne avant l'hiver.
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Des routes orientales à zéro
Le 23 octobre, le point d'entrée d'Emden EPT1, sur le corridor norvégien Norpipe, enregistre 432 GWh par jour. À la même date, Mallnow (Yamal, Pologne-Allemagne), VIP Waidhaus (Tchéquie-Allemagne) et Baumgarten TAG (Slovaquie-Autriche) affichent zéro en entrée comme en sortie. Le constat est identique le 24 octobre. Sur ces corridors, aucune molécule ne circule.
Un marché mondial sous choc
Ce vide se produit alors que la guerre en Iran a coupé l'accès au GNL du Moyen-Orient. La demande mondiale de gaz recule cette année, avec des prix au plus haut depuis quatre ans. Le gaz européen aurait touché 97 euros, un niveau jamais revu depuis 2022, sur fond de risques hivernaux.
Le mécanisme : une offre étroite, des acheteurs en concurrence
La chaîne causale est simple. Sans transit oriental, l'Europe dépend du gazoduc norvégien et des cargaisons de GNL. Or ces cargaisons sont disputées avec l'Asie, d'autant que l'offre moyen-orientale manque. Les prix montent, et les économies substituent renouvelables et charbon au gaz. En Europe comme en Asie, la part du gaz dans l'électricité recule.
Le hub néerlandais VIP TTF-THE-H illustre cette logique d'afflux. Le 23 octobre, il reçoit 511 GWh par jour et n'en restitue que 98 GWh vers l'Allemagne. Le solde reste dans le système néerlandais.
Ce que les données ne disent pas
La prudence s'impose. Le lendemain, Emden tombe à 127,7 GWh par jour, Oberkappel à 32,7 GWh contre 134,3 GWh la veille, et Tarvisio à 11,2 GWh contre 40,5 GWh. Rien n'indique s'il s'agit d'un recul réel, d'une maintenance ou d'une publication partielle. Zevenaar n'a pas de valeur le 24. Le dossier ne contient ni série de prix de gros ni niveau de stockage. Le seul repère de prix provient d'un titre, sans détail d'unité. Enfin, l'inactivité des routes orientales n'est pas expliquée.
Il faut aussi relativiser la lecture de court terme. Le groupe Shell prévoit une demande de GNL portée de 422 millions de tonnes en 2025 à près de 700 millions en 2050, soit environ 65 % de plus. Selon Ember, 61 des 124 économies produisant de l'électricité à partir de gaz ont dépassé leur pic, mais elles ne pèsent qu'environ un cinquième de cette production. Les grands consommateurs n'ont donc pas tous atteint leur sommet.
Une vulnérabilité, pas une démonstration
Deux jours de relevés ne font pas une tendance. Ils décrivent pourtant un réseau où la Norvège fournit l'essentiel du gaz par gazoduc observé et où l'Est est muet. Dans un marché qui manque de GNL, cette dépendance explique la sensibilité européenne aux chocs d'offre. Elle ne suffit pas à expliquer, seule, le niveau des prix.
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