Gaz européen : quatre portes d'entrée portent l'hiver, l'électricité s'envole
Flux gaziers concentrés sur quatre points d'entrée, routes orientales à zéro, électricité en hausse de 11 à 17 % en octobre : analyse prudente.
Une carte des flux qui se resserre
Le 30 octobre, le point d'interconnexion VIP TTF-THE-H, sur l'axe Pays-Bas–Allemagne en gaz à haut pouvoir calorifique, enregistrait 482,9 GWh/j en entrée. Emden EPT1, terminal de la liaison norvégienne Norpipe, en affichait 402,5. Tarvisio, sur l'axe Autriche–Italie, atteignait 144,4 GWh/j, et Zeebrugge, sur l'interconnexion Royaume-Uni–Belgique, 72,6. Ces quatre points totalisent environ 1 102 GWh/j, et la seule route norvégienne en représente près de 37 %. Ces pourcentages sont un calcul sur les points surveillés, non une part du marché total.
Le contraste avec l'est du réseau est net. Mallnow (Pologne–Allemagne, Yamal), VIP Waidhaus (Tchéquie–Allemagne) et Baumgarten TAG (Slovaquie–Autriche) affichent zéro, en entrée comme en sortie, les 30 et 31 octobre. Le dossier n'explique pas ces flux nuls. Le constat est toutefois clair : l'Europe n'a pas ces routes comme appoint.
Le 31 octobre, une lecture à ne pas surinterpréter
Les chiffres de la veille ne se prolongent pas. Emden tombe à 77,6 GWh/j et Oberkappel (Autriche–Allemagne) passe de 112,5 GWh/j en sortie le 30 à 22,6 le 31. Zevenaar (Pays-Bas–Allemagne) n'a pas de valeur d'entrée disponible. À Tarvisio, l'entrée de 144,4 GWh/j du 30 octobre devient nulle, avec 17,2 GWh/j en sortie. Une chute aussi brutale suggère plutôt une journée partiellement publiée qu'un effondrement physique, mais le dossier ne permet pas de trancher. Aucune tendance ne peut être tirée de deux jours.
L'Europe, acheteur résiduel d'un marché mondial tendu
Le contexte explique pourquoi cette fragilité compte. Depuis le déclenchement de la guerre entre les États-Unis et l'Iran en mars, les routes d'approvisionnement mondiales ont été redessinées. Sur le GPL, la part des pays du Golfe dans les exportations mondiales s'est effondrée à 11 %, quand celle des États-Unis a grimpé à 65 %. L'Asie a absorbé l'essentiel de ces volumes américains, jusqu'à 75 % de ses importations d'avril à octobre.
Conséquence pour l'Europe : en octobre, les importations de butane dans la zone Amsterdam-Rotterdam-Anvers sont tombées à 130 000 tonnes, en baisse de 34 % sur un an. L'Europe n'a reçu que 105 000 tonnes, environ 7 % des expéditions américaines. Le butane du Nord-Ouest européen a atteint 1 125 $/t, son plus haut niveau en trente ans. Le GPL n'est pas le gaz de réseau, mais la mécanique est la même : quand la demande asiatique aspire les cargaisons flexibles, l'Europe doit se rabattre sur ses approvisionnements les plus sûrs.
Un soulagement existe à plus long terme. Les exportations de GNL d'Afrique subsaharienne sont projetées à 98 milliards de mètres cubes en 2034, contre 35,7 en 2024, soit une hausse de près de 175 %. Ce calendrier ne répond pas aux besoins de l'hiver qui vient.
L'électricité enregistre la tension
Les prix day-ahead moyens d'octobre ont continué de monter : 169,5 €/MWh en Allemagne (+16,6 % sur un mois), 166,6 en Espagne (+16,3 %), 165,9 en France (+15,8 %) et 230,7 en Italie (+11,3 %). La Suède fait exception, à 75,7 €/MWh (+0,4 %). Le 30 octobre, le décrochage régional était spectaculaire : 254,14 €/MWh en Suisse, 250,85 en Tchéquie, 250,56 au Danemark-1 et 211,19 au Portugal, contre 77,51 en Finlande.
Le mécanisme proposé est le suivant : dans les marchés où les centrales à gaz fixent le prix marginal, un approvisionnement gazier concentré et soumis à la concurrence mondiale pèse sur le prix de gros. Cette lecture est une hypothèse de travail ; le dossier ne contient pas de prix du gaz permettant de la vérifier, et il n'explique pas non plus l'avantage des marchés nordiques.
Ce qui nuance le tableau
Plusieurs éléments empêchent de conclure trop vite. Le pétrole se détend : le Brent se situait à 93,65 $ le baril, après un recul de plus de 8 % en une séance, et le marché mondial est repassé en excédent de 1,4 million de barils par jour en octobre selon JPMorgan. Le transit par le détroit d'Ormuz serait proche de ses niveaux d'avant-guerre, mais à un coût plus élevé. Le canal pétrolier se normalise donc plus vite que le canal électricité-gaz, et l'amélioration reste suspendue à la sécurité maritime dans la région.
S'ajoutent des lacunes de données : pas de prix du gaz, pas de stocks, pas de série longue sur les flux, et un seul instantané de deux jours.
Une conclusion proportionnée
Ce que les chiffres autorisent à dire : à la fin octobre, le gaz entre en Europe du Nord-Ouest par quelques points dominants, les routes orientales surveillées sont inactives, et les prix de gros de l'électricité ont gagné entre 11 et 17 % en un mois sur quatre grands marchés. Ce que les données n'autorisent pas : établir un lien causal mesuré entre ces phénomènes ou annoncer une pénurie hivernale. Le point à surveiller est la stabilité de la route norvégienne et des hubs néerlandais, car l'équilibre actuel repose sur leur continuité.
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