Finance verte : la demande dépasse l'offre, l'adaptation reste à la traîne
Obligations vertes et bleues sursouscrites 2,5 à 3 fois, adaptation climatique financée par des prêts concessionnels : l'écart de la finance durable.
Une demande qui dépasse l'offre
Masdar, l'énergéticien d'Abu Dhabi, a placé à Londres sa première obligation bleue : 600 millions de dollars sur cinq ans, avec une notation AA-. Le carnet d'ordres a atteint 1,5 milliard de dollars, soit une sursouscription de 2,5 fois. Les fonds iront à des projets renouvelables maritimes. Iberdrola a, de son côté, levé 1,6 milliard de dollars d'obligations vertes sur le marché américain, en deux tranches de 800 millions. La demande a dépassé 5 milliards de dollars, soit plus de trois fois l'offre, selon l'entreprise.
La qualité de signature comme filtre
Ces deux opérations ont un point commun : des émetteurs solides, des projets renouvelables identifiables et des flux de revenus prévisibles. Or les taux auxquels les États empruntent sont, dans de nombreux pays, à leurs plus hauts niveaux depuis des décennies. Dans un tel contexte, la solidité de l'émetteur et la lisibilité des projets financés servent de critère de tri aux investisseurs. Notre lecture est que le label attire, mais que la qualité de crédit et la visibilité des revenus décident de la ruée vers les carnets d'ordres. Le contexte énergétique, avec un Brent à 109,44 et un WTI à 99,92, rappelle par ailleurs l'enjeu économique de la transition, sans qu'on puisse en déduire un lien direct avec ces souscriptions.
L'adaptation, hors des carnets d'ordres
Les projets sans revenus propres suivent une autre logique. Au Cameroun, le programme d'adaptation au changement climatique du bassin du Niger a attribué quatre marchés de retenues d'eau pastorale pour 2,439 milliards de FCFA, soit 1,71 % sous l'estimation initiale de 2,481 milliards. Le financement repose sur un prêt concessionnel du Fonds africain de développement, complété par des fonds de contrepartie pour les taxes. Les ouvrages doivent approvisionner le bétail en saison sèche, mais ne produisent pas de flux de revenus à titriser.
Au Brésil, le gouvernement envisage de partager avec les concessionnaires privés les pertes d'événements climatiques extrêmes qui dépassent la couverture des assurances dans les ports et aéroports. Les inondations de 2024 à l'aéroport Salgado Filho de Porto Alegre servent d'exemple. Le ministre Tomé da Franca vise une signature d'ici fin novembre. La proposition ne fixe toutefois ni pourcentage, ni montant, ni source de financement : l'État devient assureur en dernier ressort sans que son engagement soit chiffré.
Ce que ces données ne disent pas
Deux émissions ne font pas un marché. Le dossier ne fournit ni volumes agrégés de finance durable, ni écart de rendement par rapport à des obligations classiques, et donc aucune mesure d'une éventuelle prime verte. Le chiffre d'Iberdrola est publié par l'entreprise elle-même. Rien n'établit non plus que le Cameroun et le Brésil soient représentatifs de l'adaptation mondiale.
Une conclusion proportionnée
Les faits convergent vers un constat prudent : les capitaux de marché se concentrent sur des émetteurs solides et des projets à revenus lisibles, tandis que l'adaptation dépend de guichets publics et concessionnels. Reste à vérifier, sur un échantillon plus large, si cet écart se creuse ou si de nouveaux mécanismes de partage des risques, comme celui que prépare Brasília, parviennent à le réduire.
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