Électricité : quand le vent tombe, le gaz dicte les prix
Prix de gros de l'électricité : de 13 à 315 €/MWh en Allemagne en quatre jours. Comment vent faible et gaz cher font bondir les prix en Europe.
D'un week-end d'abondance à une semaine de tension
Le dimanche 25 octobre 2026, le mégawattheure s'échangeait en moyenne autour de 13 euros en Allemagne et à 25,34 euros en France. Le 27, la moyenne française atteignait déjà 161,53 euros. Le jeudi 29, elle montait à 266,72 euros, tandis que l'Allemagne frôlait 315 euros, avec des pointes horaires au-delà de 500 euros.
Le gaz fixe le prix quand les renouvelables fléchissent
Le mécanisme est connu, mais rarement aussi visible. Une zone de hautes pressions s'est installée sur l'Europe centrale, avec peu de vent et un ciel souvent couvert. La production éolienne allemande pourrait rester sous 7 gigawatts en moyenne quotidienne pendant plusieurs jours. Le système doit alors solliciter davantage de centrales pilotables, notamment au gaz.
Or le prix de gros est fixé par la dernière centrale nécessaire pour équilibrer l'offre et la demande. Avec un gaz européen de référence ayant franchi 100 €/MWh en séance, chaque heure où une centrale gazière est appelée tire le prix de l'ensemble des volumes échangés vers le haut. Le manque de vent et le gaz cher se renforcent mutuellement.
Une hausse qui traverse les frontières
Les interconnexions transmettent la tension d'un marché à l'autre. La France est restée en deçà de l'Allemagne, mais la hausse simultanée confirme que les marchés sont liés.
Les prix day-ahead du 23 octobre, avant le pic, montraient déjà une forte dispersion : 23,07 €/MWh en Finlande, 33,90 au Danemark (DK-1), 124,90 en République tchèque, 157,93 au Portugal et 227,27 en Suisse. L'écart entre Finlande et Suisse atteignait près de dix fois.
Côté gaz, les flux physiques sont eux aussi très variables. À Emden (Norpipe), l'entrée est passée d'environ 432,0 millions de kWh/j le 23 octobre à 127,7 millions le 24. À VIP Oberkappel, la sortie vers l'Allemagne est tombée de 134,3 à 32,7 millions de kWh/j sur la même période.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Il faut rester prudent. Ces prix sont des prix de gros, hors taxes et coûts de réseau. Ils touchent surtout les offres dynamiques et certaines entreprises exposées au marché. Les ménages à prix fixe ou au tarif réglementé suivent d'autres règles, avec des effets plus différés.
Le niveau français ne s'explique pas non plus par le seul vent allemand. Il dépend aussi du nucléaire, de l'hydraulique, de la consommation intérieure et des échanges avec les autres voisins. Les flux gaziers cités datent d'avant le pic du 29 octobre, et rien ne permet d'établir un lien direct avec la hausse. Enfin, la prévision d'un éolien sous 7 GW reste une projection, et non une production mesurée.
La flexibilité comme assurance
L'épisode rappelle surtout la valeur de la flexibilité. Stockage, pilotage de la consommation, capacités mobilisables et échanges transfrontaliers limitent le recours aux moyens les plus coûteux lors des pointes. Ils permettent aussi de mieux profiter des périodes d'électricité abondante, comme ce dimanche à 13 euros. Tant que le gaz reste cher, quelques jours de vent faible suffiront à rappeler que le prix de l'électricité européenne dépend encore beaucoup de la météo.
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