Deeptech et IA : le financement quitte le capital-risque pour les marchés
Le financement de la deeptech d'IA se déplace vers les marchés de capitaux, tandis que le coût du capital se reprécise. Analyse des tendances.
Une échelle qui dépasse le capital-risque
Morgan Stanley projette jusqu'à 15 000 milliards de dollars de dépenses cumulées dans l'infrastructure d'IA sur la prochaine décennie. Son directeur général, Ted Pick, estime que les plus grands hyperscalers pourraient engager entre 800 et 1 000 milliards de dollars par an sur sept à douze ans. Ce sont des projections, pas des résultats observés. Leur ordre de grandeur suffit pourtant à situer le sujet : ces montants relèvent des marchés d'actions et de dette.
Introductions en Bourse et dette en première ligne
Le dossier ne contient aucune statistique de capital-risque : ni levées, ni nombre d'opérations, ni valorisations. On y lit en revanche où se déplace le financement. Les banques d'affaires qui pilotent les grandes introductions en Bourse, dont celle d'Anthropic, estiment que la fenêtre reste ouverte, car les investisseurs acceptent encore de financer la thématique. En parallèle, les émissions obligataires liées à l'IA se multiplient, au point que certains craignent un effet d'engorgement sur les marchés de dette européens.
Le mécanisme : plus d'offre, plus de prime de risque
La logique est simple. Plus le papier lié à l'IA afflue, plus les investisseurs réclament de rémunération. La directrice générale de DBS, Tan Su Shan, constate que le coût du capital est en cours de repricing, surtout aux États-Unis, pour l'IA, les data centers et les puces. Elle y voit des blocages sur l'énergie, les puces mémoire et le capital lui-même. Les écarts de crédit s'élargissent, et le Nasdaq a perdu 810 points le 30 octobre après les résultats d'Intel, qui ont pesé sur les fabricants de puces. Un financement plus cher touche toute la chaîne, y compris les entreprises plus jeunes qui dépendent des mêmes bailleurs de fonds.
Des signaux contradictoires
Les avis divergent. Le patron de State Street, Ron Hanley, juge difficile de parler de bulle : les data centers répondent selon lui à des commandes réelles, et le déploiement reste précoce. Emmanuel Roman (Pimco) et John Connaughton (Bain Capital) mettent au contraire en garde contre un risque de bulle et un possible retournement. Le dirigeant de Schroders, lui, redoute surtout un stress sur les marchés du crédit et des déceptions de résultats chez les grands acteurs. Tan Su Shan note enfin une rotation hors des valeurs de puces vers d'autres secteurs, et ne voit plus de risque de concentration après la correction.
Ce que l'on peut conclure
La deeptech d'IA se finance à une échelle qui mobilise les marchés de capitaux, et le prix de l'argent se reprécise. Le rôle exact du capital-risque dans ce mouvement ne ressort pas des données disponibles, pas plus que la situation de la deeptech hors IA. La prudence s'impose : la correction récente peut tout aussi bien être un ajustement sain qu'un premier avertissement.
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