Réseaux et équipements : le vrai goulot de la transition électrique
En 2026, réseaux, transformateurs et turbines freinent la croissance électrique : IRENA, carnets record et prix dispersés éclairent ce goulot.
Un record 2025 qui pourrait rester sans lendemain
Le parc mondial de production renouvelable a atteint 5 149 GW fin 2025, soit une croissance de 15,5 % grâce à 692 GW ajoutés en un an. Le solaire en représente environ 511 GW et l'éolien 159 GW. Pourtant, le directeur général de l'IRENA, Francesco La Camera, envisage un premier recul annuel des installations après cinq années de progression. Il ne chiffre pas ce repli, et il faut le noter d'emblée : il s'agit d'une appréciation, pas d'un bilan.
La raison invoquée n'est ni le coût des technologies ni l'appétit des investisseurs, mais le décalage entre la construction de capacités et le développement des infrastructures qui acheminent l'électricité. Lorsque les lignes, les raccordements ou la flexibilité manquent, une partie de la production potentielle est écrêtée : elle n'est tout simplement pas injectée. L'IRENA signale ces contraintes en Chine, en Australie et au Japon.
La Chine, point de bascule de la trajectoire mondiale
Le diagnostic pèse d'autant plus que l'Asie a concentré 74,2 % des ajouts de 2025, et que la Chine a installé 119,4 GW d'éolien, soit près des trois quarts du total mondial. Francesco La Camera juge peu probable que l'accélération dans les autres régions compense un ralentissement chinois. Si les réseaux chinois deviennent le facteur limitant, c'est la moyenne mondiale qui fléchit.
Cette tension intervient alors que les objectifs montent. La cible de 11,2 TW pour 2030 se rapproche, mais elle a été fixée sur des projections de demande trop prudentes. La consommation d'électricité a bondi plus que prévu, sous l'effet du chauffage, de la climatisation et de l'essor de l'IA. Dans le scénario 1,5°C révisé de l'agence, la part de l'électricité dans la consommation finale passerait d'environ 23 % à 35 % en 2035, avec près de 18,4 TW de capacités renouvelables. L'IRENA ajoute que la période 2026-2030 devra voir construire plus de capacités que toutes les années précédentes cumulées. Or le réseau, selon son dirigeant, n'a pas suivi le déploiement.
Même goulot, autre industrie : l'équipement lourd
Le phénomène ne se limite pas aux renouvelables. Il se retrouve chez les fournisseurs d'équipements électriques qui alimentent les centres de données. Selon les estimations de Wood Mackenzie, l'offre américaine de transformateurs est environ 15 % en deçà des besoins cette année, et les délais de livraison atteignent jusqu'à 26 mois chez certains fabricants.
Les carnets de commandes traduisent cette rareté. GE Vernova affichait un backlog de 176 milliards de dollars à l'issue du deuxième trimestre, soit près de quatre fois le chiffre d'affaires attendu cette année. Ses clients ont engagé 116 GW d'équipements et de créneaux de production, dont 63 GW de simples réservations. Avec une cadence d'environ 20 GW par an, cela représente près de six ans de production. L'entreprise vise 30 GW en 2030, ce qui illustre à quel point l'offre de machines se construit lentement.
Quanta Services, longtemps simple installateur, a créé une coentreprise avec Hyosung HICO pour fabriquer des disjoncteurs haute tension en Pennsylvanie : un entrepreneur qui internalise la fabrication faute de fournisseurs assez rapides. Son chiffre d'affaires a progressé de 41 % à 9,56 milliards de dollars et son carnet atteint un record de 53,4 milliards. Chez Powell Industries, les commandes trimestrielles ont atteint 934 millions de dollars pour 312 millions de ventes : le backlog de 2,4 milliards équivaut à près de deux ans d'activité, et l'enjeu est désormais la vitesse de fabrication.
Quand l'usine devient le problème
L'exemple de Fluence Energy montre que le verrou peut aussi se situer dans l'exécution industrielle. Son usine de Houston devait produire en moyenne 11 unités de batteries par jour en août et septembre, mais elle en a livré moins d'une en août. La société a ramené sa prévision de revenus de 3,2-3,6 milliards de dollars à environ 2,4 milliards. Ici, ce n'est pas le réseau qui bloque, mais la capacité à produire ce qui a été vendu. Le résultat est le même : une demande solvable qui attend.
Des prix qui racontent un système fragmenté
Les données de marché du 23 octobre 2026 offrent un indice, à manier avec prudence. Les prix day-ahead s'étalaient de 23,07 EUR/MWh en Finlande et 33,90 au Danemark (DK-1) à 124,90 en Tchéquie, 157,93 au Portugal et 227,27 en Suisse. Un tel écart, de près de un à dix, est compatible avec un système où l'électricité abondante ne circule pas librement vers les zones déficitaires. Il ne le démontre pas : une seule journée ne permet pas d'isoler la congestion des autres facteurs, comme la météo, le mix ou l'hydraulicité.
Les limites de la démonstration
Plusieurs réserves s'imposent. L'IRENA ne fournit aucune prévision quantifiée pour 2026, et les capacités installées ne disent rien de l'électricité effectivement produite. Aucun volume d'écrêtement n'est disponible dans les données. Côté centres de données, les marchés doutent : les entreprises du secteur ont perdu en médiane 23 % depuis le 6 octobre, alors que les grandes entreprises technologiques qui financent ces projets ne reculaient que d'environ 5 %. Si les investissements en IA se normalisaient, la pression sur les équipementiers pourrait s'atténuer. Enfin, une partie des carnets de commandes, notamment chez GE Vernova, repose sur des réservations et non sur des commandes fermes. Les données de flux gaziers du 24 octobre sont trop lacunaires pour éclairer ce débat.
Ce que l'on peut raisonnablement conclure
Les faits convergent vers un constat : le rythme de la croissance électrique dépend de plus en plus de l'infrastructure, qu'il s'agisse de lignes, de raccordements, de transformateurs ou de turbines, plus que de la production brute. Pour les énergéticiens et les pouvoirs publics, la question dépasse le financement de nouveaux panneaux ou éoliennes : elle porte sur la vitesse de raccordement, le renforcement des réseaux et la capacité industrielle à fournir les équipements. Les chiffres définitifs de 2026 diront si l'inflexion annoncée par l'IRENA se confirme et dans quelle ampleur.
Cet article a ete redige avec l assistance de l intelligence artificielle et verifie par notre equipe editoriale.
Cette analyse a été produite avec l’assistance de l’intelligence artificielle, à partir de sources institutionnelles et de données ouvertes vérifiables. Transparence IA