Raffinage : le boom des marges masque la fragilité des pétroliers indiens
Les pétroliers publics indiens affichent 30 106 crores de profit grâce aux marges de raffinage, mais les subventions GPL impayées fragilisent ce rebond.
Un trimestre qui efface le précédent
Indian Oil Corporation, Bharat Petroleum et Hindustan Petroleum ont dégagé ensemble 30 106 crores de roupies de bénéfice net entre juillet et septembre. C'est 68,3 % de plus qu'un an plus tôt, et un retournement spectaculaire après une perte cumulée d'environ 18 150 crores au trimestre précédent. Ce seul trimestre pèse l'équivalent de 39 % du profit de tout l'exercice 2025-2026, établi à 77 281 crores.
La marge de raffinage, moteur du rebond
L'explication tient à l'écart entre le prix des produits raffinés et celui du brut, qui a explosé avec le conflit au Moyen-Orient. Le brut avait dépassé 100 dollars le baril au premier trimestre, plongeant les distributeurs dans le rouge. Au trimestre suivant, HPCL a gagné 32,15 dollars par baril transformé, contre 8,80 un an plus tôt ; BPCL, 32,53 dollars contre 10,78. Les raffineries pakistanaises ont suivi la même logique, avec un profit multiplié par près de vingt sur la période.
Des gains très inégalement répartis
Le tableau d'ensemble cache de fortes disparités. IOC a réalisé un bénéfice record de 21 630 crores, presque trois fois les 7 610 crores d'un an plus tôt. À l'inverse, BPCL recule de 22,5 % à 4 993 crores et HPCL de 9 % à 3 483 crores. Les marges de raffinage ne profitent donc pas de la même façon aux groupes selon leur exposition à la pétrochimie, au gaz ou à la distribution.
Le prix administré, talon d'Achille
Les prix de l'essence et du diesel sont gelés depuis mai, ceux du GPL domestique depuis mars. Jusqu'à un passé récent, les groupes perdaient 4 à 5 roupies par litre d'essence et 18 à 20 sur le diesel. Pour le GPL, le manque à gagner par bouteille est passé de 184 roupies en septembre à 229 en octobre, et devrait atteindre 309 en novembre puis 370 en décembre. Faute de compensation publique rapide, les sous-recouvrements cumulés atteignaient 67 900 crores à fin septembre.
Une performance en partie conjoncturelle
Une part du résultat vient aussi d'un gain de stocks d'environ 7 000 crores, lié au recul temporaire du brut entre la mi-juin et la mi-août. IOC avertit que la rentabilité des prochains trimestres pourrait souffrir de pertes de stocks si la situation au Moyen-Orient se normalisait et que le brut baissait. Le dossier ne fournit pas de données postérieures permettant de trancher, et les flux gaziers européens ou les prix d'électricité disponibles ne permettent pas d'établir un lien avec ces marges.
Ce qu'il faut en retenir
Le choc géopolitique a déplacé la valeur vers l'amont du raffinage, au détriment de la distribution à prix contrôlés. Mais la dépendance à un différentiel de marché, la concentration des gains chez un seul groupe et l'accumulation des subventions impayées font de ce rebond un gain fragile, pas un nouvel équilibre.
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