Pétrole : le prix du risque supplante celui du baril, et les raffineurs encaissent
Le Brent reste au-dessus de 116 dollars, soit 20 de plus que sa juste valeur. Risque maritime, marges de raffinage record et bénéfice de BP presque quadruplé.
Un écart de plus de 20 dollars avec les fondamentaux
Le Brent s'échange au-dessus de 116 dollars le baril, alors que le modèle de la responsable mondiale des matières premières de JP Morgan, Natasha Kaneva, situe sa juste valeur à 94 dollars. Lundi, en Asie, le contrat de janvier a reculé de 1,8 % à 111,43 dollars et le WTI de 2 % à 102,04 dollars. Ce repli intervient après une hausse proche de 15 % en octobre, et le prix reste bien au-dessus du modèle. Les annonces d'une reprise des flux au départ d'Ormuz n'ont donc pas suffi à faire baisser durablement les cours.
Pourquoi les volumes ne disent plus tout
La raison tient au coût et au risque du transport. Au moins quatre navires ont été touchés depuis jeudi dans le détroit. Les tarifs de fret et d'assurance atteignent des records, et l'Arabie saoudite a recours à des transferts de navire à navire au large d'Oman pour limiter l'exposition de ses tankers. Dans ce contexte, des flux rétablis restent fragiles. Le coussin d'offre du début du conflit est aujourd'hui épuisé, et les prix futures rejoignent progressivement les prix physiques, restés plus élevés. Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol, ne voit pas de retour au niveau d'avant-guerre l'an prochain.
Les raffineurs, premiers bénéficiaires
Les raffineries tournent près de leur capacité pour combler les pénuries, ce qui soutient les marges de raffinage et de trading. BP a ainsi publié un bénéfice sous-jacent de 8,46 milliards de dollars au troisième trimestre, contre 2,2 milliards un an plus tôt et 7,33 milliards attendus par les analystes. Le groupe l'attribue à des marges de raffinage nettement plus élevées et à un résultat de trading gaz et marketing en forte hausse. Parallèlement, le diesel atteint des sommets historiques à la pompe au Royaume-Uni, en Europe et aux États-Unis.
Une tension qui gagne l'électricité et le gaz européens
Les prix day-ahead de l'électricité le 30 octobre étaient d'environ 250 euros/MWh en République tchèque (250,85), en Suisse (254,14) et dans l'ouest du Danemark (250,56), et de 211,19 au Portugal, contre 77,51 en Finlande. Ces écarts régionaux montrent que le choc n'est pas uniforme. Sur le gaz, l'UE a reçu 12,18 millions de tonnes de GNL russe entre janvier et septembre, soit 9,5 % de plus qu'un an plus tôt, pour environ 8,79 milliards de dollars. Cette dépendance persiste alors que Bruxelles prépare l'interdiction des importations russes.
Des limites à garder en tête
Le modèle de JP Morgan suggère qu'une part du prix est de la prime de risque, qui pourrait se dégonfler en cas de désescalade. Les discussions entre l'Iran et le Qatar se poursuivent, tandis que des analystes évoquent 120 dollars en cas de reprise des hostilités après les élections américaines. Les données de flux gaziers sont par ailleurs lacunaires : plusieurs valeurs sont nulles ou absentes, et le flux d'entrée d'Emden passe de 402,5 à 77,6 GWh/d entre le 30 et le 31 octobre, ce qui peut refléter une publication incomplète. Le dossier ne fournit pas non plus de chiffres sur les capacités de raffinage.
Ce que l'on peut raisonnablement conclure
Tant que le risque maritime et l'incertitude politique persistent, le prix du brut restera déconnecté des seuls volumes exportés. Les raffineurs et les traders profitent de ce régime, comme l'illustre BP. Sa durée dépend de facteurs que les données disponibles ne permettent pas de quantifier.
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