Pétrole à 110 dollars : la tension au Moyen-Orient gonfle les profits des majors
Brent à 110 $, attaques dans le Golfe, stocks américains en baisse : comment la tension au Moyen-Orient gonfle les bénéfices de Shell et TotalEnergies.
Un baril à 110 dollars, une prime de risque assumée
Le 22 octobre 2026, le contrat à terme sur le Brent gagnait 1,29 dollar à 110,11 dollars, tandis que le WTI progressait de 97 cents à 98,12 dollars. L'écart entre les deux références atteignait 11,99 dollars par baril. Ce niveau n'est pas d'abord le fruit d'une pénurie physique : il reflète une inquiétude sur l'acheminement du brut.
Pourquoi les cours tiennent
Les nouvelles attaques attribuées aux Houthis contre des cibles saoudiennes ont conduit Washington à retirer des diplomates et des proches de ses missions en Arabie saoudite. Sur les routes maritimes du Golfe, une avarie ou un renchérissement des assurances suffit à alourdir le coût des cargaisons, même sans baisse immédiate de la production mondiale. À cela s'ajoute un repli d'environ 3,06 millions de barils des stocks de brut américains sur la semaine, signe d'un marché plus tendu à court terme.
Les majors encaissent la tension
La chaîne causale est directe. Des prix du brut élevés gonflent les revenus de l'amont. Les marges de raffinage, à un record chez Shell, amplifient l'effet, et un GNL cher fait de même. Shell a presque doublé son bénéfice trimestriel sur un an et lancé un rachat d'actions de 5 milliards de dollars. TotalEnergies a vu son bénéfice du troisième trimestre plus que doubler, et son scénario pour le quatrième trimestre retient un pétrole supérieur à 100 dollars le baril et un GNL supérieur à 14 dollars par Mbtu. Repsol fait état d'une forte hausse de ses profits, et le carnet de commandes de Technip Energies, à 27,3 milliards de dollars, approche son record.
Ce que ce schéma ne dit pas
Plusieurs éléments invitent à la prudence. D'abord, la hausse du baril ne se répercute pas mécaniquement sur les carburants à la pompe : le taux euro-dollar, les marges de distribution et les taxes pèsent aussi. Ensuite, les gagnants ne le sont pas tous de la même manière : INPEX dégage des bénéfices malgré un recul de sa production, et le secteur britannique s'inquiète d'un budget qui, selon OEUK, a manqué l'occasion de relancer l'investissement en mer du Nord. Chez Aker Solutions, des centaines d'emplois supplémentaires sont menacés.
Les indicateurs de flux gaziers disponibles ne permettent pas non plus de trancher. Les entrées à Emden EPT1 sont passées de 432 030 972,9 kWh/j le 23 octobre à 127 675 971,9 kWh/j le 24 octobre, mais plusieurs séries, comme l'entrée de Zevenaar, sont vides. Il serait hasardeux d'en tirer une conclusion sur la rentabilité des groupes. Enfin, les cours cités datent du 22 octobre et les résultats du 29 : le rapprochement reste qualitatif.
Une rente conditionnée à la géopolitique
Les faits disponibles soutiennent une conclusion mesurée : tant que le risque sur le Golfe persiste, les prix élevés alimentent des résultats exceptionnels. Un apaisement diplomatique réduirait la prime de risque, alors qu'une perturbation avérée des flux physiques pourrait relancer la volatilité. Les prochains indicateurs à surveiller sont l'évolution militaire et maritime, les stocks américains et les perspectives d'offre des grands producteurs.
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