Macroéconomie • 6 min de lecture • Kambelys Intelligence Analyse assistée par IA

Midterms : le soulagement des marchés masque une dette américaine sous tension

Midterms 2026 : le recul du pétrole et la détente sur les marchés émergents masquent une dette américaine projetée à 145 % du PIB en 2031.

La déroute républicaine aux élections de mi-mandat a coïncidé avec un net recul du pétrole et une détente sur les actifs émergents, du Brésil au Mexique. Mais derrière l'embellie, les projections du FMI rappellent que la trajectoire budgétaire des États-Unis reste l'une des plus fragiles du G20.

Un scrutin lu comme un facteur de désescalade

Le contrôle de la Chambre et du Sénat par les démocrates change la donne politique à Washington, mais c'est surtout par ses effets indirects que le scrutin a touché les marchés. Donald Trump a lui-même reconnu qu'il était « largement vrai » que la guerre contre l'Iran avait aidé ses adversaires, parce qu'elle avait fait grimper les prix du carburant. Il a ajouté qu'il disposait toujours de son droit de veto. Pour les investisseurs, le message est double : l'électorat sanctionne le coût économique du conflit, et un exécutif désormais confronté à un Congrès hostile dispose de moins de latitude pour l'étirer.

C'est la lecture que proposent plusieurs analystes : une large victoire démocrate tend à réduire le risque d'un conflit trop long, donc de cours du pétrole durablement élevés, avec des effets positifs possibles sur les taux et, par ricochet, sur les actions. Le raisonnement est plausible, mais il s'agit d'un mécanisme de probabilités, pas d'un fait acquis.

Du brut aux taux longs : la transmission par le risque

Le jour même, le pétrole a perdu plus de 8 %, dans un contexte de signaux de modération des tensions et d'avancée des négociations diplomatiques au Moyen-Orient. Il serait abusif d'attribuer cette chute au seul résultat électoral : les signaux diplomatiques y ont directement contribué. Mais la concordance des deux événements a suffi à provoquer un retrait de prime de risque sur un large éventail de devises émergentes.

Le canal est classique. Un baril moins cher réduit l'inflation importée anticipée dans les pays consommateurs, desserre la contrainte sur les banques centrales et abaisse la rémunération exigée pour détenir de la dette émergente. Le dollar a ainsi reculé de 1,34 % face au peso mexicain, de 1,68 % face au peso chilien, de 1,13 % face au rand sud-africain et de 0,75 % face au peso colombien.

Le Brésil, laboratoire de l'effet de contagion

Le marché brésilien en fournit l'illustration la plus nette. Le contrat de dépôt interbancaire (DI) à échéance janvier 2031 est passé de 15,43 % à 15,06 %, et celui de janvier 2037 de 15,42 % à 15,04 %. À plus court terme, le DI de janvier 2028 a reculé de 14,63 % à 14,43 %, et celui de janvier 2029 de 15,135 % à 14,83 %. Les échéances longues sont même passées sous la barre des 15 % pour la première fois de la semaine.

Ce mouvement s'est produit le jour de la décision du Comité de politique monétaire (Copom), et il a été prolongé par l'annonce d'un pronunciamento du président Luiz Inácio Lula da Silva dimanche 8 novembre, au cours duquel il défendrait des mesures d'ajustement budgétaire. La baisse des taux brésiliens combine donc un choc externe et une anticipation domestique, ce qui rend difficile d'isoler la part strictement imputable à Washington.

Le change confirme cette nuance. Le dollar a perdu 0,64 % pour s'établir à 5,4518 reais, et l'euro 0,35 % à 6,1188 reais, mais la devise brésilienne a fait moins bien que ses homologues émergentes, signe que la défiance envers la politique économique du gouvernement demeure, même en période d'accalmie mondiale.

L'angle mort : la trajectoire budgétaire américaine

Le soulagement perçu sur le pétrole et les taux ne dit rien de la soutenabilité des finances américaines. Les projections du FMI pour 2031 placent la dette publique brute des États-Unis à 145,03 % du PIB et la dette nette à 116,84 %. Seul le Japon, à 188,88 % de dette brute, fait nettement pire parmi les grandes économies du dossier, devant l'Italie (135,58 %), la France (123,63 %) et la Chine (122,12 %). À titre de comparaison, l'Allemagne affiche 75,59 % et le Royaume-Uni 100,20 %.

Les dépenses publiques américaines sont projetées à 38,65 % du PIB, soit moins que le Royaume-Uni (43,32 %), mais pour une dette nettement plus lourde que celle de nombre de pairs. L'économiste Ludovic Subran anticipe pour sa part un déficit budgétaire américain de 6,6 % du PIB en 2027. Les commentateurs soulignent d'ailleurs que le risque de persistance du déficit est occulté par l'enthousiasme post-électoral, alors que des rééquilibrages sectoriels, eux, sont attendus.

Un Congrès divisé n'est pas un gage de discipline budgétaire : il peut tout aussi bien paralyser les arbitrages que les produire. Rien dans les éléments disponibles n'indique que le scrutin infléchisse la trajectoire de la dette.

Des gagnants et des perdants moins évidents qu'il n'y paraît

Le rééquilibrage sectoriel est déjà perceptible. Une analyse de marché avance que des règles plus strictes sur le développement des centres de données pourraient, paradoxalement, favoriser les géants du numérique en freinant la surenchère d'investissements. Cette thèse reste une hypothèse : le même jour, Oracle reculait de 1,55 % à 124,24 dollars, après une baisse de 13,49 % sur cinq séances et de 35,85 % depuis le 1er janvier. Le soulagement macro n'est donc pas uniformément distribué.

Ce que le dossier ne permet pas d'affirmer

Plusieurs éléments invitent à la prudence. Le dossier ne contient ni les rendements du Trésor américain, ni l'évolution des grands indices, ni le niveau absolu du baril : l'effet sur les marchés américains n'est pas quantifié. La baisse du pétrole est rattachée aux signaux diplomatiques et non explicitement au scrutin. Sur le terrain, la Garde révolutionnaire iranienne revendique de nouvelles frappes sur des pétroliers dans le détroit d'Ormuz, sans vérification indépendante, tandis que Trump réaffirme sa détermination à mener l'effort de guerre à son terme. Un seul incident a été confirmé par les opérateurs maritimes, ce qui suggère que le risque géopolitique n'a pas disparu, il s'est simplement déplacé dans les anticipations.

Une détente conditionnelle

Ce que les chiffres autorisent à conclure est limité mais solide. Le scrutin a coïncidé avec, et probablement renforcé, une baisse de la prime de risque géopolitique : pétrole en repli de plus de 8 %, taux brésiliens longs sous 15 %, dollar en recul sur l'ensemble des émergentes. En revanche, la dette américaine, projetée à 145 % du PIB en 2031, et un déficit attendu à 6,6 % du PIB en 2027 rappellent que le principal risque macroéconomique n'a pas été traité dans les urnes. Le soulagement reste donc conditionnel : il dépendra de la confirmation de la désescalade au Moyen-Orient, et de la capacité d'un Congrès nouvellement divisé à produire autre chose que de l'opposition.

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