Diesel russe contre sanctions : le pari risqué de Washington né du détroit d'Ormuz
Pour contenir la flambée du diesel liée à l'Iran, Washington allège les sanctions contre la Russie. Analyse d'un pari risqué pour Kyiv.
Le détroit d'Ormuz, point de départ d'un renversement
Tout part de l'Iran. Depuis les frappes américano-israéliennes de février, Téhéran a effectivement fermé le détroit d'Ormuz, par lequel transite une grande partie du diesel et du pétrole mondiaux. L'Agence internationale de l'énergie juge désormais que la pénurie de diesel pourrait se prolonger jusqu'en 2027. Un diesel plus cher renchérit le transport, et ce surcoût se répercute sur les prix de nombreux biens de consommation courante.
Cette chaîne pèse directement sur Washington. Environ deux tiers des électeurs américains désapprouvent la gestion de la guerre par Donald Trump. Sa cote de popularité tourne autour de 37 %, son plus bas niveau depuis son retour à la Maison-Blanche. À trois semaines des élections de mi-mandat du 3 novembre, la corruption arrive en tête des préoccupations des électeurs, suivie de l'inflation et du prix de l'essence.
Une dérogation présentée comme un levier
C'est dans ce contexte que l'administration a changé de ligne sur la Russie. Début octobre, Trump a annoncé un accord avec Vladimir Poutine : Moscou fournirait plus de 300 000 tonnes de diesel aux États-Unis et au marché mondial. La semaine suivante, il a levé les nouvelles sanctions, ainsi que certaines restrictions et droits de douane visant la Russie. Il a aussi mis en pause un vaste paquet de sanctions adopté par les deux chambres du Congrès, en invoquant l'intérêt national.
Le secrétaire à l'Énergie, Chris Wright, défend ce choix par un argument de levier. Selon lui, la Russie manque de diesel à exporter depuis un mois environ, et ne pourra en obtenir davantage qu'en « baisser l'intensité du conflit » avec l'Ukraine. Il parle d'un « incitatif pour mettre fin à la guerre » et nie toute complaisance envers Moscou. Le raisonnement est cohérent sur le papier : la dérogation ne vaudrait que contre un changement de comportement.
Ce que constate Kyiv
Les faits rapportés depuis l'Ukraine vont dans l'autre sens. Zelenskyy indique que, depuis l'annonce par Trump d'un « cessez-le-feu énergétique » que ni Kyiv ni Moscou n'avaient accepté au préalable, la Russie a frappé 76 fois les secteurs énergétique, pétrolier et gazier ukrainiens en une semaine. Des dizaines de milliers de familles restent sans électricité. Il estime que Moscou voit chaque allègement comme la preuve que son pari sur la guerre est payant : « La Russie ne fait aucun pas réciproque. »
L'Ukraine a repris ses frappes sur les raffineries russes et mené l'une de ses plus vastes attaques aériennes, avec plus de 1 000 drones visant dépôts pétroliers, installations logistiques et centres de données, notamment à Saint-Pétersbourg. Le ministère russe de la Défense affirme en avoir abattu 1 015 en une nuit. Cette campagne vise la ressource même que Washington cherche à obtenir de la Russie : le pétrole et ses produits raffinés. Les deux logiques entrent ainsi en collision.
Un coût politique qui dépasse l'Ukraine
La dérogation a suscité des critiques jusque dans le camp présidentiel. Le sénateur républicain Thom Tillis a rappelé que la loi avait été adoptée par 86 voix contre 11 et jugé « irresponsable » de ne pas l'appliquer. Il ajoute que, si le président veut faire baisser les prix de l'énergie, « il peut le faire en réglant le problème iranien », non en rendant service à Poutine. La remarque situe le problème à sa racine : le diesel russe est un palliatif à une crise dont la cause se trouve dans le Golfe.
La relation avec Kyiv s'est parallèlement tendue. Zelenskyy a dit avoir été privé pendant trois jours du renseignement américain sur les tirs de missiles balistiques russes, puis remercié Washington de l'avoir rétabli. Il attribue à une « message » du gouvernement américain le ralentissement des terminaux Starlink en Ukraine. Scott Bessent juge ces accusations « imprudentes », tandis que Marco Rubio indique que l'Ukraine reste bloquée sur Starshield et que la demande de Kyiv d'y accéder pour des frappes en profondeur est « en discussion ». Qu'il y ait eu ou non intention, l'effet pratique est une marge de manœuvre réduite pour l'Ukraine au moment où la pression sur la Russie se relâche.
Ce que les données ne permettent pas d'établir
Il faut garder de la prudence. Le dossier ne contient aucun chiffre sur l'évolution du prix du diesel, ni sur les volumes que la Russie exporte effectivement depuis la dérogation. On ne peut donc pas mesurer si la mesure soulage le marché, ni si la pénurie russe de diesel est assez forte pour servir de levier. L'argument de l'administration ne peut être ni validé ni écarté sur pièces.
Le lien avec le calendrier électoral reste une inférence. Aucun responsable ne le revendique, et le dossier ne contient que l'explication officielle. De même, les accusations sur la restriction de Starlink sont formellement démenties par la partie américaine. Enfin, les données de suivi d'événements et de veille réglementaire prévues pour cette analyse, notamment sur Taïwan, la Slovaquie, l'Ukraine et l'Iran, n'ont pas pu être exploitées en raison d'une erreur de requête. Le raisonnement s'appuie donc sur les seuls éléments de presse disponibles.
Une conclusion à la mesure des faits
Ce que les éléments disponibles permettent d'affirmer est limité mais net. Le blocage du détroit d'Ormuz a fait du diesel une contrainte politique pour la Maison-Blanche, et la Russie est devenue un fournisseur potentiel que Washington ménage au détriment d'un texte voté à une écrasante majorité. En une semaine, 76 attaques russes sur l'énergie ukrainienne n'ont pas confirmé la thèse d'un retour de Moscou vers la désescalade. Si la dérogation est bien un levier, elle n'a pas encore produit de contrepartie visible. Tant que le détroit reste fermé, Washington aura intérêt à ménager le diesel russe, et Kyiv devra gérer la distance croissante de son principal soutien.
Cet article a ete redige avec l assistance de l intelligence artificielle et verifie par notre equipe editoriale.
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