Pétrole à 115 $: Washington lâche du lest sur la Russie
Brent à 115 $, détroit d'Ormuz sous tension: Washington suspend des sanctions contre la Russie et achète son diesel. Analyse d'un basculement énergétique.
Un choc pétrolier qui déplace les priorités
Le Brent s'échangeait à 115,15 dollars le baril le 27 octobre, le WTI à 101,32 dollars, à proximité des plus hauts de six mois. La semaine précédente, le Brent avait dépassé 117 dollars après une vague d'attaques iraniennes sur des pétroliers. Le détroit d'Ormuz, par lequel transitait environ un cinquième de l'énergie mondiale avant le déclenchement de la guerre en février, reste au centre de la crise, et octobre est le pire mois recensé pour les attaques contre la navigation commerciale dans la zone.
Du diesel contre des sanctions
Dans ce contexte, Donald Trump a annoncé l'achat de diesel russe: plus de 300 000 tonnes immédiatement, 500 000 en novembre, un million ensuite, puis trois millions supplémentaires, soit au moins 4,8 millions de tonnes cumulées. Une semaine plus tard, il a mis en suspens la loi de sanctions votée par les deux chambres. Elle prévoyait des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur les cinq premiers importateurs de pétrole ou de gaz russe, ainsi que des mesures contre le secteur énergétique, les banques et la flotte fantôme de Moscou, et devait entrer en application deux jours plus tard.
L'émissaire russe Kirill Dmitriev a salué un moment « historique ». Volodymyr Zelenskyy y voit au contraire un premier pas vers une levée progressive des sanctions, qui encouragerait Vladimir Poutine à poursuivre son offensive.
Le mécanisme: prix à la pompe et échéance électorale
La logique est d'abord intérieure. Le gallon d'essence coûte en moyenne 3,472 dollars depuis le retour de Trump, contre 3,471 sous Joe Biden, et les anticipations d'inflation des ménages sont passées de 4,6 % à 4,7 %. Avec les élections de mi-mandat le 3 novembre, la hausse des carburants devient un handicap politique. Trump a attribué la flambée du diesel à la guerre en Ukraine plutôt qu'à la fermeture d'Ormuz, et a demandé à Kiev de cesser de frapper les raffineries russes. Les raffineurs russes ont ensuite augmenté leur production de diesel grâce à des quotas d'exportation.
Les conséquences sur le terrain
Pendant ce temps, Moscou a touché plus de 15 installations critiques de production et de transport d'électricité ukrainiennes, dans l'une de ses pires frappes sur l'énergie à ce jour. L'Ukraine, dont les stocks de défense antiaérienne s'amenuisent, a suspendu puis repris ses frappes sur les raffineries russes après l'annonce d'un « cessez-le-feu énergétique ».
Des limites à garder en tête
Le tableau n'est pas univoque. La Maison-Blanche assure que davantage de pétrole sort du Golfe qu'avant le conflit, et les exportations du Moyen-Orient ont atteint 24,6 millions de barils par jour, un plus haut depuis fin février. Des pourparlers entre l'Arabie saoudite, la Turquie, le Pakistan et l'Iran ont aussi freiné les cours, même si les attaques des Houthis contre l'Arabie saoudite entretiennent les craintes. Surtout, les sanctions sont suspendues, non abrogées, et le lien entre énergie et assouplissement relève d'une lecture de contexte, non d'une motivation documentée. L'interprétation d'un Poutine enhardi émane de Zelenskyy, partie prenante au conflit.
Une conclusion proportionnée
Les faits montrent une concordance étroite entre tension énergétique, calendrier électoral américain et détente envers Moscou. La contrainte pétrolière pèse désormais sur la politique de sanctions; sa durée dépendra de l'évolution d'Ormuz et du résultat du 3 novembre.
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