Iran, Ormuz, inflation : la facture américaine d'une guerre lointaine
Guerre en Iran, Ormuz et énergie : CPI à 3,7 %, 10 ans à 5,31 %. Comment le conflit pèse sur l'économie américaine avant les midterms.
Un choc énergétique devenu structurel
Depuis février, le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, est au cœur de la crise. Le trafic de pétroliers s'y est quasiment arrêté au début du conflit. Il a depuis nettement repris, sans retrouver ses niveaux d'avant-guerre. Les navires continuent d'essuyer des tirs : le Pentagone affirme avoir détruit dix pétroliers liés aux Gardiens de la révolution depuis juillet et neutralisé quatre navires commerciaux qui violaient le blocus naval imposé à l'Iran.
Les consommateurs américains en supportent le coût. L'essence reste autour de 4 dollars le gallon, dans la zone des 4,50 dollars pour une partie du pays. Le diesel atteint environ 6,18 dollars, soit plus de 2,50 dollars de hausse en un an.
De la pompe au CPI, puis aux taux
Une inflation qui dépasse les attentes
En septembre, l'indice des prix à la consommation a progressé de 3,7 % sur un an, au-dessus des prévisions. L'énergie a bondi de 20,4 % et l'essence de 34,2 %. Les prix à la production suivent : le PPI ressort à 6,3 %, son plus haut niveau depuis décembre 2022.
La Fed et le marché obligataire sous pression
Face à cette dynamique, la banque centrale a relevé ses taux en septembre pour la première fois en trois ans, et une nouvelle hausse reste possible d'ici la fin de l'année. Le rendement du 10 ans américain est passé de moins de 4 % fin février à un pic de 5,31 % ce mois-ci. Le taux du crédit immobilier à 30 ans a suivi, de moins de 6 % à 7,5 %. Les salaires réels ont reculé depuis le début de la guerre et effacé presque tous leurs gains depuis le début du second mandat de Donald Trump.
Une équation politique délicate
Ce mécanisme explique pourquoi le pouvoir d'achat pèse sur la campagne des élections de mi-mandat. Les perspectives n'incitent pas à l'optimisme : un nouveau groupe aéronaval fait route vers le Moyen-Orient, et les Houthis, soutenus par l'Iran, ont pris des positions sur la mer Rouge, ce qui leur permet de menacer le détroit de Bab al-Mandeb, un autre point de passage stratégique.
Les limites de la lecture
Il faut nuancer. Le pétrole n'est pas seul en cause dans les marchés de taux : la semaine dernière, les craintes sur l'endettement des acteurs de l'IA ont fait refluer le rendement du 10 ans d'environ 20 points de base et ont ramené les investisseurs vers les Treasuries. Les marchés anticipent par ailleurs 85 % de chances que la Fed laisse ses taux inchangés à sa prochaine réunion. Enfin, aucune donnée du dossier ne mesure l'effet de ces prix sur le vote.
Ce que l'on peut conclure
Les chiffres établissent un lien plausible entre la guerre, l'énergie, l'inflation et le coût du crédit. La traduction électorale reste une hypothèse. Tant qu'Ormuz et la mer Rouge resteront instables, la facture continuera de s'alourdir pour les ménages américains.
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