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Bab el-Mandeb, Ormuz, Ryad : la chaîne de vulnérabilités du commerce mondial

Bab el-Mandeb disputé, Ormuz restreint, aéroports saoudiens frappés : comment les tensions du Golfe fragilisent routes, prix et défense.

**Un aéroport saoudien frappé, un détroit stratégique passé aux mains des Houthis, un autre restreint par Téhéran : les verrous du commerce mondial cèdent en série. Des routes maritimes aux pompes à essence, la chaîne de transmission est désormais lisible, et ses maillons faibles aussi.**

Deux détroits, une même fragilité

La carte des routes de l'énergie présente aujourd'hui une anomalie de structure. D'un côté de la péninsule arabique, Téhéran restreint la navigation dans le détroit d'Ormuz. De l'autre, les Houthis ont pris en septembre, lors d'une offensive éclair, le contrôle côté mer Rouge du détroit de Bab el-Mandeb, et ils tiennent toujours l'île de Mayyoun, au cœur du passage. Ce second goulet a gagné en importance précisément parce que le premier est entravé : c'est l'alternative qui se retrouve à son tour menacée.

Le cumul compte plus que chaque épisode pris isolément. Un seul point de passage dégradé se contourne ou s'absorbe. Deux points dégradés en même temps réduisent les marges de manœuvre des armateurs, des assureurs et des importateurs d'énergie. Le pétrole circule de nouveau par Ormuz après des mois de blocages, mais la violence y est devenue, selon l'analyse de l'éditorialiste Tim McDonnell, la « nouvelle normalité ». Cette situation ne rétablit pas la prévisibilité dont dépendent les chaînes logistiques.

Les forces gouvernementales yéménites ont lancé le 4 octobre l'offensive « Dawn of Yemen » pour reprendre des territoires tenus par les Houthis, dont le port de Mocha et l'île de Mayyoun. Elles affirment avoir repris Mocha et le district de Dhubab près du détroit, ce que les Houthis contestent. Des sources militaires gouvernementales reconnaissent avoir progressé autour du détroit sans parvenir à le sécuriser. Autrement dit, le verrou est disputé, pas rétabli.

L'extension du ciblage : aéroports et raffineries

Le samedi 10 octobre, une frappe a touché l'aéroport international King Khalid de Ryad. Le bilan officiel est de 12 morts et 309 blessés, avec des victimes de nombreuses nationalités. Les Houthis n'ont pas revendiqué cette frappe, mais la coalition dirigée par l'Arabie saoudite la leur impute. C'est l'attaque la plus meurtrière dans le royaume depuis août 2015, quand un attentat suicide avait fait 15 morts à Abha. L'ampleur et la fréquence des attaques contre Ryad sont inédites depuis 2014.

Au-delà du bilan humain, l'effet logistique est immédiat. Selon des sources du secteur aérien, les opérations sont suspendues « jusqu'à nouvel ordre », le radar et les équipements de communication ayant été endommagés et l'état des pistes restant à évaluer. Plusieurs compagnies ont suspendu leurs services vers des destinations saoudiennes, et des ambassades ont déconseillé à leur personnel d'utiliser l'aéroport pendant une semaine. Les fonctionnaires américains doivent désormais demander une autorisation pour accéder aux aéroports alternatifs de Dammam et de Djeddah. Un projectile est par ailleurs tombé près de l'aéroport de Dammam.

Les jours précédents, les attaques avaient visé les aéroports de Jazan, de Najran et d'Abha, ainsi que celui de Ryad à deux reprises, avec six morts au total pour les frappes revendiquées de mercredi et jeudi. Les Houthis ont élargi leur avertissement à tout l'espace aérien saoudien, à l'exception des villes saintes de La Mecque et de Médine. Ils affirment aussi avoir visé une raffinerie Aramco à Rabigh, sur la côte de la mer Rouge, ce que Riyad n'a pas confirmé à ce stade. Le message est stratégique : les hubs de passagers et les actifs énergétiques sont désormais traités comme des théâtres d'opérations.

Le calendrier aggrave l'exposition. Le royaume doit accueillir ce mois-ci plusieurs grandes conférences, dont une rencontre annuelle sur l'investissement qui réunit dirigeants étrangers et figures du monde des affaires. Le risque sécuritaire pèse alors directement sur l'attractivité économique, pas seulement sur le transport.

Des postures de défense qui se réorganisent

La réponse stratégique passe par des alliances. Le 5 octobre, la Turquie, le Pakistan et l'Arabie saoudite ont convenu d'activer des « mesures de dissuasion » au titre du pacte de défense mutuelle signé quelques semaines plus tôt, l'accord stratégique de La Mecque, et de déployer rapidement des forces dans le royaume. Washington, de son côté, n'a pas tranché. Donald Trump a déclaré « Nous le ferons peut-être. Nous allons y réfléchir » et annoncé qu'il parlerait au prince héritier Mohammed ben Salmane. Le soutien américain en renseignement, en identification de cibles et en planification a déjà été fourni à l'offensive soutenue par Riyad.

Dania Thafer, directrice exécutive du Gulf International Forum, juge que les Saoudiens veulent probablement éviter une escalade durable, mais que les Houthis rendent cela difficile en menaçant à la fois la sécurité nationale saoudienne et la sécurité maritime internationale. Elle ajoute que la bataille est « bien plus grande qu'un simple œil pour œil ». Yasmeen Al Eryani, du Sanaa Center, note que les Houthis cherchent à exercer une pression maximale tout en mobilisant leurs lignes de front intérieures, notamment autour de Taïz, et qu'ils pourraient provoquer l'entrée en lice d'autres États régionaux.

Sur le plan capacitaire, un signal différent vient des États-Unis. La Navy suspend toute nouvelle commande de drones-bateaux GARC d'Aevex après avoir déjà dépensé plus de 130 millions de dollars. Selon une personne briefée sur le dossier, les raisons sont des limites matérielles et l'émergence d'alternatives plus adaptées, dont des drones d'attaque à sens unique moins chers. Le fait est isolé, mais il illustre une tendance : dans un environnement saturé de drones et de missiles, les plateformes coûteuses sont réévaluées face à des systèmes peu onéreux, plus aisément remplaçables.

Dans un registre plus rhétorique, les signaux venus d'Europe de l'Est vont dans le même sens. Les événements OSINT recensés fin septembre et début octobre rapportent notamment des déclarations de la porte-parole russe Maria Zakharova qualifiant de « cibles légitimes » les usines d'armement européennes qui approvisionnent l'Ukraine, ainsi que de nouvelles menaces de Vladimir Poutine à propos de Kaliningrad. Ce ne sont que des intitulés de presse, sans substance chiffrée, mais ils indiquent que la logistique industrielle de défense est elle-même devenue un objet de menace.

Du goulet d'étranglement à la pompe

La chaîne causale la plus tangible est la transmission vers les prix. Le 14 octobre, l'indice des prix à la consommation américain a affiché une hausse de 3,7 % sur douze mois, au-dessus de la plupart des prévisions. L'énergie en est le moteur : l'essence a bondi de 34,2 % et le fioul de chauffage de 74,2 %. Les analyses citées dans le dossier convergent sur la cause immédiate : la guerre en Iran et la volatilité persistante des marchés du pétrole et du gaz. Elles soulignent que la hausse des prix a dépassé celle des salaires ces derniers mois, ce qui équivaut à une baisse de pouvoir d'achat.

Le phénomène n'est pas américain seulement. Un titre du même fil relève que l'inflation canadienne est montée à 3,1 % avec un fioul en hausse de 58 %. Du côté des banques centrales, la Banque de Corée devrait maintenir son taux à 3 % cette semaine, selon les 24 économistes interrogés, après deux hausses consécutives en juillet et en août, les premières de ce type en plus de trois ans, dans un contexte d'inflation élevée portée par un boom des semi-conducteurs. Dans ce cas, le moteur est mixte et ne relève pas uniquement de l'énergie ; il faut donc éviter l'amalgame.

Le mécanisme est classique, mais il a une conséquence politique. Tim McDonnell relève que, même avec davantage de forage domestique, les consommateurs américains ne sont pas protégés des tensions des prix mondiaux. L'économiste de la BCE Isabel Schnabel parle de « fossilflation » pour décrire cette dépendance de l'inflation à la géopolitique des hydrocarbures. Le prix payé par les ménages devient ainsi un indicateur indirect de l'état des verrous maritimes.

Régionaliser pour se protéger : tarifs et transport court

Les entreprises ajustent leurs réseaux. Le terminal RoRo de Göteborg a vu les volumes traités à quai progresser de 5 % au premier semestre 2026 par rapport à la même période de 2025. Son exploitant relie cette dynamique à un intérêt croissant pour le transport intra-européen : l'incertitude géopolitique, les différends tarifaires et les perturbations des chaînes d'approvisionnement poussent les entreprises à rechercher des solutions régionales et prévisibles, avec des liaisons fréquentes vers les grands hubs européens. Le terminal a investi en conséquence, avec 144 000 mètres carrés de nouvelles surfaces mises en service en 2024 et 65 000 mètres carrés supplémentaires avec sept voies ferrées reprises en 2023.

La fragmentation tarifaire joue dans le même sens. Après l'échec des négociations commerciales entre les États-Unis et le Canada en août, la Maison-Blanche a imposé des droits de 50 % sur environ 20 milliards de dollars de produits canadiens, en s'appuyant sur la section 338 du Tariff Act de 1930. Le Premier ministre canadien Mark Carney a répliqué « dollar pour dollar ». Le Liberty Justice Center a déposé un recours devant la Cour du commerce international au nom d'un importateur de fromage, après avoir obtenu en février l'annulation des droits fondés sur l'IEEPA. L'enjeu juridique est celui de la légitimité des tarifs, mais l'effet économique est d'abord l'imprévisibilité, que le dirigeant de Gellert Global Group décrit comme des coûts et une incertitude qui se propagent dans toute la chaîne.

Il y a donc deux mouvements qui se renforcent : un risque physique sur les routes longues, et un risque politique sur les échanges transatlantiques et nord-américains. Dans ce contexte, un transport court, ferroviaire et maritime à courte distance, apparaît comme une assurance relative. Les marchés financiers captent le même climat : CIBC abaisse sa prévision du cours de l'or pour le quatrième trimestre à 4 500 dollars l'once, tout en restant haussier à long terme, à 5 200 dollars en 2027, en citant l'incertitude géopolitique et les achats des banques centrales parmi les soutiens structurels.

Ce que les données ne permettent pas d'affirmer

Plusieurs limites s'imposent. D'abord, le dossier ne contient aucune mesure des flux de transit par Ormuz ou Bab el-Mandeb : ni tonnage, ni nombre de passages, ni primes d'assurance. Les « anomalies de flux » ne sont donc pas quantifiables ici, et les séries commerciales OSINT disponibles (chimie et parfums) sont sans lien avec les routes analysées. Toute évaluation de l'ampleur des détournements reste spéculative.

Ensuite, les récits militaires sont contestés. Le porte-parole des forces gouvernementales yéménites revendique 1 150 Houthis tués dans près de 2 000 opérations et la destruction d'au moins 180 véhicules, mais ces chiffres ne sont pas vérifiés de manière indépendante. Les Houthis contestent la reprise de Mocha, n'ont pas revendiqué la frappe de Ryad, et l'attaque contre Rabigh n'est pas confirmée. Les actions et les attributions doivent donc être lues avec prudence.

Enfin, les causalités économiques sont partiellement attribuées par des commentateurs plutôt que mesurées. L'inflation américaine est expliquée par l'énergie, mais le dossier ne décompose pas la part des différents facteurs. La hausse de 5 % à Göteborg provient d'une communication du port et reste modeste. Le pétrole circule de nouveau par Ormuz, et Dania Thafer estime que Riyad préférerait la désescalade : la trajectoire n'est pas nécessairement celle d'un embrasement. La révision à la baisse de la prévision de l'or rappelle que les marchés ne valorisent pas mécaniquement chaque tension.

Une architecture à surveiller point par point

Ce que les faits établissent, c'est une exposition cumulée. Deux détroits majeurs sont dégradés ou disputés, les infrastructures civiles et énergétiques du premier exportateur du Golfe sont visées, les alliances de défense s'activent et les prix de l'énergie se répercutent sur les ménages avec un effet inflationniste mesurable. Les entreprises, elles, se tournent vers des circuits plus courts. Ce qu'ils n'établissent pas, c'est l'ampleur des perturbations physiques de flux.

Les indicateurs à suivre découlent de cette chaîne : l'état du contrôle de Bab el-Mandeb après l'offensive « Dawn of Yemen », la reprise des opérations à l'aéroport de Ryad, la décision américaine sur une participation aux frappes, le déploiement de forces turques et pakistanaises dans le royaume, et la trajectoire des prix de l'essence et du fioul. Une désescalade rapide limiterait les dégâts, tandis qu'une extension à Aramco ou à d'autres hubs confirmerait que le commerce mondial dépend d'un petit nombre de points de passage insuffisamment redondants.

Cet article a ete redige avec l assistance de l intelligence artificielle et verifie par notre equipe editoriale.

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