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Routes sous tension : quand chaque détour se paie en carburant et en jours de retard

Routes logistiques sous tension : détroit d'Ormuz, carburant à 2,50 €/L en Italie, délais multipliés. Découvrez l'impact sur la chaîne d'approvisionnement.

Pixabay / TheAndrasBarta

**De l'incertitude qui pèse sur le détroit d'Ormuz aux routes fermées en Cisjordanie, la fragilité des itinéraires se traduit en surcoûts et en délais multipliés. Face à cette désynchronisation, États et logisticiens testent des réponses opposées : plafonnement des prix, report réglementaire, nationalisation ou pilotage algorithmique.**

Ormuz, variable d'ajustement de la réglementation énergétique

La sécurité des routes d'approvisionnement pèse désormais directement sur l'agenda réglementaire européen. Le 25 septembre 2026, le commissaire danois Dan Jørgensen a indiqué avoir demandé à ses services d'étudier un report d'un an du volet « importations » du règlement européen sur le méthane. Il justifie ce délai par la nécessité de laisser aux opérateurs le temps de s'adapter sans dégrader la sécurité d'approvisionnement ni les prix. Il invoque aussi l'incertitude persistante dans le détroit d'Ormuz et un hiver qu'il juge potentiellement difficile.

Le paradoxe est notable. L'Algérie réclamait cette pause auprès de Bruxelles, et c'est la tension sur un corridor maritime situé à des milliers de kilomètres qui pourrait la lui accorder. Pour les acheteurs européens de gaz, un point de passage fragilisé renchérit mécaniquement la valeur des fournisseurs aux routes plus courtes et plus stables. Ce changement de hiérarchie des flux obtient ainsi une traduction réglementaire : une norme environnementale est réévaluée à l'aune du risque logistique.

Le carburant, premier poste à absorber le choc

L'Italie plafonne à la pompe

Dans la structure de coûts d'acheminement, le carburant reste le poste le plus immédiatement exposé aux perturbations des routes énergétiques. L'Italie en offre une illustration chiffrée. Le gazole y frôle les 2,50 euros le litre et l'essence dépasse largement les 2,20 euros dans de nombreuses stations. Sous la pression du gouvernement de Giorgia Meloni, le groupe pétrolier contrôlé par l'État vend désormais le diesel à 2,19 euros et l'essence à 1,99 euro le litre.

L'écart est significatif pour les transporteurs routiers. Rapporté à un plafond de 2,19 euros face à un marché proche de 2,50 euros, il représente une trentaine de centimes par litre de gazole, soit un allègement d'environ 12 % sur ce poste. La mesure est toutefois prévue pour un mois, avec une prolongation possible jusqu'à la fin de l'année. Elle divise le secteur et intervient à l'approche des élections générales de 2027. Pour les donneurs d'ordre, cette visibilité limitée complique la clause d'indexation carburant des contrats de livraison. Le prix de référence peut basculer du jour au lendemain à l'expiration du dispositif.

Biocarburants et climat : une pression supplémentaire sur les intrants

La tension sur l'énergie de transport ne se limite pas au pétrole. À la Bourse de Kuala Lumpur, l'huile de palme a atteint 4 967 ringgits la tonne en fin de semaine, soit environ 1 219 dollars. C'est son plus haut niveau depuis décembre 2024. Deux moteurs expliquent cette hausse : la demande croissante de biocarburants et les achats spéculatifs nourris par les prévisions liées à El Niño. La montée en charge des carburants alternatifs crée une concurrence d'usage sur une matière première agricole. Le coût énergétique de la logistique se trouve ainsi relié aux aléas climatiques des zones de production.

Quand le délai se multiplie : la géographie de la rupture

Cisjordanie : un trajet de 45 minutes devenu cinq heures

Le coût d'un itinéraire perturbé ne se mesure pas seulement en euros, mais en temps. En Cisjordanie occupée, les fermetures de routes et les points de contrôle militaires israéliens rallongent les trajets les plus simples. Un parcours de 45 minutes autour de Ramallah s'est transformé en un périple de cinq heures, soit un temps de trajet multiplié par plus de six. Dans une telle configuration, aucun contrat de livraison fondé sur des créneaux horaires ne peut être honoré de manière fiable. L'incertitude porte moins sur la distance que sur la disponibilité même de l'itinéraire.

Nouakchott : l'infrastructure face aux intempéries

La désynchronisation peut aussi venir du climat. Depuis le 24 septembre 2026, de fortes pluies paralysent les déplacements dans plusieurs quartiers de Nouakchott, où de nombreux habitants peinent à rejoindre leur lieu de travail. Malgré les investissements annoncés dans l'assainissement, l'épisode révèle la faiblesse du drainage des eaux pluviales. Quand la voirie urbaine devient impraticable, c'est le dernier kilomètre qui se bloque, maillon le plus coûteux de la chaîne.

En Algérie, le ministre de l'Hydraulique, Lounès Bouzegza, a demandé le 24 septembre d'accélérer un programme d'urgence pour l'eau potable doté de 23 milliards de dinars, avant la saison des pluies. Le curage des oueds figure parmi les priorités fixées. La prévention des crues relève ici aussi de la continuité des flux.

Contrats de livraison : la course à la replanification

Lorsque les routes changent plus vite que les plans, la capacité à recalculer une chaîne devient un avantage concurrentiel. C.H. Robinson déploie le Lean AI Engineer auprès des clients de son activité 4PL Managed Solutions. L'outil vise à analyser une chaîne d'approvisionnement mondiale, à identifier des améliorations et à faire évoluer en continu les décisions opérationnelles. Selon l'entreprise, il peut examiner une chaîne logistique complète en 25 à 30 minutes, contre jusqu'à quatre semaines pour une analyse traditionnelle.

Si cette performance se confirme en conditions réelles, elle change l'économie des contrats. Un délai d'analyse de quatre semaines rend toute réorganisation d'itinéraire tardive par rapport à la perturbation qui l'a motivée. Une boucle de moins d'une heure permet en théorie de réaffecter les flux avant que les pénalités de retard ne s'accumulent.

Le levier peut aussi être politique. Au Royaume-Uni, le gouvernement a annoncé la nationalisation des services d'Avanti West Coast à partir de mars prochain. La secrétaire aux Transports, Heidi Alexander, invoque des années de sous-performance et un plan destiné à réduire les retards ferroviaires. L'État reprend la main sur l'exploitation lorsque la fiabilité des délais est jugée insuffisante.

Raccourcir les chaînes : la réponse par la souveraineté

Une autre stratégie consiste à réduire la dépendance aux routes longues. En Côte d'Ivoire, le ministre des Ressources animales et halieutiques, Sidi Tiémoko Touré, a mis en avant 11 millions d'hectares de parcours favorables à l'élevage. Le pays ne couvre pourtant que 49 % de ses besoins en viandes, malgré 2,8 millions d'emplois dans la filière, dans un contexte de tensions au Sahel. Au Burkina Faso, le Pr Maxime Drabo plaide pour une recherche orientée vers l'autonomie sanitaire, face à une forte dépendance aux importations de médicaments. Dans les deux cas, relocaliser la production revient à supprimer des segments d'acheminement exposés.

Ce qu'il faut surveiller

Les indicateurs consolidés sur les temps d'attente portuaires et le décalage entre terminaux font encore défaut. Les signaux disponibles convergent néanmoins. Le coût d'acheminement dépend de plus en plus de décisions publiques temporaires, comme les plafonds de prix ou les reports réglementaires. Les délais, eux, dépendent de la disponibilité physique des itinéraires. Trois échéances méritent attention : la fin, ou la prolongation, du plafond italien, la décision européenne sur le volet importations du règlement méthane, et l'évolution de la situation à Ormuz à l'approche de l'hiver.

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