Gaz européen : l'axe nord-ouest porte le réseau, les corridors de l'Est restent muets
Flux gaziers aux frontières allemandes les 30-31 octobre 2026 : axe nord-ouest actif, corridors de l'Est à zéro, et une chute de 80 % à interpréter avec pr
Une carte des flux qui parle d'elle-même
Les données de flux physiques publiées pour le 30 octobre 2026 permettent de lire la géographie réelle de l'approvisionnement gazier de l'Allemagne. Au point d'entrée d'Emden EPT1, sur la liaison Norpipe NO-DE, le flux atteint 402 523 891,8 kWh/j, soit environ 402,5 GWh/j, avec une sortie nulle. À l'interface néerlandaise, le point VIP TTF-THE-H en haut pouvoir calorifique affiche 482 913 625 kWh/j en entrée et 180 760 435 kWh/j en sortie. À Zeebrugge IZT, sur l'interconnexion UK-BE, 72 583 515 kWh/j entrent et rien ne sort.
Ces volumes dessinent un axe nord-ouest actif, où le gaz norvégien, les échanges avec le hub néerlandais et la connexion belgo-britannique concentrent l'essentiel de l'activité mesurée.
Les corridors orientaux : un silence persistant
À l'inverse, les points de la façade orientale n'enregistrent aucun mouvement. Mallnow (PL-DE Yamal), VIP Waidhaus (CZ-DE Transit) et Baumgarten TAG (SK-AT) affichent 0 kWh/j, en entrée comme en sortie, les 30 et 31 octobre. Ce n'est pas une anomalie ponctuelle de mesure : les deux jours disponibles concordent, et les deux sens de circulation sont à zéro.
Le mécanisme est simple. Un flux physique naît de nominations, c'est-à-dire de volumes que des opérateurs décident d'acheminer en fonction des contrats et des écarts de prix entre hubs. Un corridor à zéro signale qu'aucun acteur n'y programme de livraison dans les sens observés. Le réseau s'équilibre alors par les autres portes d'entrée. Dans ce relevé, ce sont celles du nord-ouest, qui assument seules la charge visible.
Autriche et Italie : des flux changeants
Le tableau n'est pas figé partout. Au VIP Oberkappel (AT-DE), la sortie atteint 112 542 136 kWh/j le 30 octobre, avec une entrée nulle. Le 31, elle tombe à 22 581 292 kWh/j. À Tarvisio, sur l'axe TAG AT-IT, la situation s'inverse : le 30 octobre, l'entrée mesure 144 419 248 kWh/j pour une sortie nulle. Le 31, l'entrée est à zéro et la sortie à 17 206 352 kWh/j.
Le point de Baumgarten (hub autrichien) montre quant à lui une sortie de 4 901 725 kWh/j le 30 octobre, sans entrée. Le sud-est de l'Europe centrale apparaît donc comme une zone de flux fluctuants, capable de changer de sens d'un jour à l'autre. C'est l'inverse de la stabilité observée au nord-ouest.
La chute du 31 octobre : prudence de lecture
Le recul du 31 octobre est spectaculaire. Le flux d'entrée à Emden passe de 402,5 à 77,6 GWh/j, soit environ -80,7 %. La sortie d'Oberkappel recule de 112,5 à 22,6 GWh/j, soit environ -79,9 %. Deux points indépendants, l'un norvégien et l'autre autrichien, perdent presque la même proportion en vingt-quatre heures.
Cette quasi-identité est suspecte. Un choc physique réel, comme un arrêt de plateforme, une maintenance ou une rupture, toucherait un point précis et pas deux points distincts dans le même rapport. Une journée de gaz publiée de façon incomplète produirait en revanche exactement ce profil d'écarts proportionnels. Le 31 octobre 2026 est de surcroît un samedi, jour où la demande industrielle est plus faible, mais pas au point d'expliquer un tel effondrement du flux norvégien. Il s'agit d'une hypothèse de lecture : le dossier ne dit pas si la journée du 31 était consolidée. Les données de Zevenaar, dont l'entrée est indisponible (N/A) aux deux dates et dont la sortie n'est fournie que pour le 30 (52 711 752 kWh/j), renforcent cette impression de série partielle.
Un contexte électrique contrasté
Le 30 octobre, les prix day-ahead de l'électricité montraient des écarts marqués. La Finlande s'affichait à 77,51 EUR/MWh, le Portugal à 211,19, le Danemark-1 à 250,56, la Tchéquie à 250,85 et la Suisse à 254,14 EUR/MWh. Le rapport entre le niveau suisse et le niveau finlandais atteint environ 3,3. Rien dans le dossier ne permet d'attribuer cet écart aux flux gaziers : aucun prix du gaz ni aucune donnée de production par filière ne figure dans les données fournies. On peut seulement noter que, dans une zone où des niveaux supérieurs à 250 EUR/MWh coexistent avec des corridors orientaux inactifs, la dépendance aux entrées du nord-ouest reste un point de vigilance.
Un marché du GNL qui se structure en parallèle
À l'échelle mondiale, les signaux contractuels vont dans le sens d'une concurrence accrue pour les volumes flexibles. ADNOC Gas a signé un accord de fourniture de GNL de cinq ans avec TotalEnergies. TotalEnergies s'est de son côté engagé à fournir 900 000 tonnes de GNL par an à Jiangsu Guoxin pendant quinze ans. Ces contrats ne sont pas reliés par le dossier aux flux européens mesurés. Ils rappellent seulement que les volumes de gaz liquéfié, dont l'Europe dépend en partie pour compléter l'offre acheminée par gazoduc, se négocient désormais sur des horizons longs et sur plusieurs marchés.
Ce que l'on peut raisonnablement conclure
Les deux journées disponibles établissent trois constats solides. D'abord, les corridors Yamal, Waidhaus et Baumgarten TAG sont inactifs. Ensuite, l'axe nord-ouest, avec Emden, le hub TTF-THE et Zeebrugge, concentre les volumes les plus élevés. Enfin, la zone alpine et italienne connaît des variations de sens d'un jour à l'autre.
En revanche, le dossier ne permet de conclure ni à une baisse des importations norvégiennes ni à un changement de régime le 31 octobre. Sans série historique, sans prix du gaz et sans confirmation de la complétude des données, ce recul doit rester en attente de vérification. La lecture utile est structurelle : le réseau repose sur un petit nombre d'entrées, et la surveillance des flux d'Emden et de l'interface néerlandaise reste l'indicateur le plus informatif.
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