Climat : l'écart entre promesses et baisses requises rend le dépassement de 1,5 °C inévitable
Le PNUE révèle que même avec les engagements actuels, le réchauffement atteindrait 2,6 °C d'ici 2100. Découvrez les chiffres et les solutions.
Un fossé arithmétique entre engagements et trajectoire
Le rapport publié le 21 octobre 2026 est plus sombre que celui de l'an dernier, qui tablait sur 2,3 à 2,5 °C. Avec les politiques actuelles, le réchauffement pourrait atteindre 2,8 °C en 2100. Les contributions nationales ne permettraient qu'une baisse des émissions de 5 à 8 % d'ici 2030 et de 11 à 15 % d'ici 2035, par rapport à 2025.
La trajectoire de moindre réchauffement exigerait -18 % en 2030, -45 % en 2035 et -69 % en 2040. Cela suppose un rythme de 5,7 % par an sur 2025-2035, au-dessus des 5 % des anciens scénarios du GIEC. Plus la baisse tarde, plus elle doit être brutale ensuite.
Le facteur américain
Parmi les six plus grands émetteurs, les États-Unis sont les seuls à afficher une hausse marquée entre 2024 et 2025. Leurs émissions ont augmenté de 133 millions de tonnes d'équivalent CO2, soit environ 70 % des 189 millions de tonnes supplémentaires enregistrées par 124 pays. Le moteur est une demande électrique croissante, couplée à un rebond du charbon.
Le retrait de l'accord de Paris pèserait à lui seul environ 0,1 °C d'ici la fin du siècle. Le climatologue Michael Mann évalue ce dixième de degré à 1 200 milliards de dollars pour l'économie mondiale. Johan Rockström avertit que l'impact pourrait être plus lourd si d'autres pays relâchaient leur effort en réaction.
Ce qui a déjà fonctionné
Le tableau n'est pas uniformément noir. La capacité renouvelable mondiale a progressé trois fois plus vite qu'anticipé depuis l'accord de Paris, et le solaire photovoltaïque a été multiplié par sept. Plus de 220 évaluations de politiques publiques montrent des baisses moyennes de 9 % dans le secteur électrique, et de 5 à 13 % avec les taxes carbone et les marchés de quotas. Les émissions mondiales sont par ailleurs restées globalement stables entre 2024 et 2025, surtout grâce à la baisse des émissions liées à l'usage des sols. Cela pourrait marquer un plateau, mais rien ne le garantit.
Limiter le dépassement plutôt que l'éviter
Le scénario de « dépassement minimal » limiterait le pic à 1,7-1,8 °C vers le milieu du siècle, avec un retour à 1,5 °C d'ici 2100 et environ 50 % de chances de succès. Il suppose d'extraire et de stocker durablement quelque 320 gigatonnes de CO2, soit huit années d'émissions au niveau de 2024. La charge technologique et économique est considérable.
Les limites de l'analyse
Ces projections reposent sur des hypothèses de politiques futures. L'impact économique du retrait américain est une estimation individuelle. Les données du dossier ne permettent pas de relier ces tendances aux épisodes météorologiques extrêmes récents, comme les alertes orange en Chine, ni d'en mesurer l'effet sur les indicateurs énergétiques.
À quelques semaines de la COP31 à Antalya (9-20 novembre 2026), le constat est net. Les engagements actuels ne suffisent pas. L'ampleur et la durée du dépassement de 1,5 °C dépendent désormais de la vitesse à laquelle les politiques déjà éprouvées seront étendues.
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