Turquie : quand une règle de diversification révèle la fragilité des fonds
Turquie : une directive de diversification a mené à la liquidation de 131 fonds et lésé 455 000 épargnants. Séoul clarifie ses règles avant Solidigm.
Une directive prudentielle devenue crise de liquidité
Le 28 août, l'Autorité des marchés de capitaux de Turquie (SPK) a ordonné aux fonds d'investissement de ne plus placer leurs actifs sur une seule action et de diversifier leurs portefeuilles. Sur le papier, la mesure relève de la prudence élémentaire. Dans les faits, les fonds ont commencé à vendre, les investisseurs ont voulu sortir, et certains gestionnaires ont déclaré ne pas pouvoir liquider leurs actifs assez vite. La SPK a alors placé en liquidation sept sociétés gérant 131 fonds, dont les actifs toxiques sont évalués à environ 17 milliards de dollars, soit 15 milliards d'euros.
Le mécanisme : la règle révèle l'illiquidité
La chaîne causale est lisible. Un portefeuille concentré sur quelques titres tient tant que personne n'est obligé de vendre. Une obligation de diversification force les cessions. Sur un marché étroit, ces ventes font apparaître l'écart entre la valeur affichée des positions et leur liquidité réelle. Les rachats des investisseurs aggravent ensuite le mouvement. Le régulateur se retrouve alors à gérer la liquidation de fonds que sa propre règle a mis en difficulté, ce qui entame sa crédibilité.
Un bilan humain et institutionnel lourd
Environ 455 000 petits épargnants ont été lésés et 85 personnes ont été placées en détention provisoire. Le président de la SPK, Mahmut Sütçü, a démissionné « pour raisons de santé » cinq mois seulement après sa prise de fonction. Son départ intervient moins d'une semaine après l'autorisation d'une enquête visant son prédécesseur, Ibrahim Ömer Gönül. Une ex-ministre de premier plan du parti du président Erdogan a quitté toutes ses fonctions, sans être inquiétée par la justice. Cinq journalistes ayant travaillé sur l'affaire sont poursuivis pour « diffusion d'informations trompeuses ».
Séoul : clarifier avant d'agir
La Corée du Sud offre un contraste. Après le durcissement, en juillet, des règles protégeant les actionnaires minoritaires lors de la cotation de filiales, y compris à l'étranger, le gouverneur du Service de surveillance financière, Lee Chan-jin, a indiqué que son organisme et la Commission des services financiers jugeaient le projet d'introduction en Bourse de Solidigm, filiale américaine de SK Hynix, potentiellement contraire à la réglementation sur les doubles cotations. Les autorités attendent une interprétation officielle avant de trancher. L'enjeu est considérable, avec une valorisation envisagée jusqu'à 150 milliards de dollars. SK Hynix étudie des mesures pour préserver les intérêts de ses actionnaires.
Les limites de cette lecture
Plusieurs éléments empêchent toute conclusion définitive. Aucun lien n'est établi entre la démission du dirigeant de la SPK et la crise. Les accusations d'enrichissement visant des personnalités politiques ne sont pas démontrées. Le détail de la concentration des portefeuilles des fonds n'est pas connu. Enfin, le dossier coréen reste ouvert.
Ce qu'il faut retenir
Ces deux dossiers montrent que le calendrier et la clarté d'une règle pèsent autant que son contenu. En Turquie, une consigne de prudence appliquée à des fonds mal préparés a produit l'effet inverse de celui recherché. En Corée du Sud, l'attente d'une interprétation officielle vise à éviter l'incertitude juridique, sans garantie de résultat.
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