Ormuz fermé, prix en hausse : l'Occident cède sur ses principes
Guerre en Iran, Ormuz bloqué : pour contenir les prix de l'énergie, Washington allège la pression sur Moscou et Londres approuve Jackdaw.
Un choc pétrolier qui dicte les arbitrages
Depuis la fin février, la guerre menée contre l'Iran et la fermeture pratique du détroit d'Ormuz à la plupart des flux d'hydrocarbures ont propulsé le Brent bien au-dessus de 100 dollars le baril. Aux États-Unis, l'essence s'affiche à 4,31 dollars le gallon, soit près de 45 % de plus qu'avant le conflit. Au Royaume-Uni, le diesel a dépassé 2 livres le litre. Ces chiffres ne sont plus seulement économiques : ils pèsent sur les urnes et sur les budgets.
Washington : alléger Moscou pour soulager les pompes
À deux semaines des élections de mi-mandat, l'administration Trump a levé les sanctions sur le diesel russe, puis exempté la Russie d'une loi de sanctions que le Congrès avait adoptée le mois dernier. Le raisonnement est mécanique : plus de molécules sur le marché, moins de pression sur les prix. L'émissaire russe Kirill Dmitriev a salué un moment « historique ». Le texte du Congrès rendait les sanctions facultatives, ce qui rend la dérogation légale, mais elle fragilise l'effort de pression économique visant à mettre fin à la guerre en Ukraine.
L'administration reproche aussi à Kyiv ses frappes sur les raffineries russes, qu'elle tient pour responsables d'une partie de la hausse. Pourtant, les prix grimpent surtout depuis l'attaque américaine contre l'Iran.
Londres : le gaz domestique comme réponse politique
La même logique opère au Royaume-Uni. L'inflation est passée de 3,1 % à 3,5 % en septembre, tirée par les carburants, dont la hausse est la plus rapide depuis août 2022. Elle alourdit aussi la dette : 10,9 milliards de livres d'intérêts en un mois, dont 4 milliards imputés à la guerre en Iran à travers les obligations indexées. Dans ce contexte, la secrétaire à l'énergie Miatta Fahnbulleh a autorisé le champ gazier de Jackdaw, assorti d'un fonds de richesse énergétique doté de 2 milliards de livres.
Des bénéfices limités
L'effet attendu reste modeste. Jackdaw couvrirait environ 2 % de la demande de gaz du pays, ne créerait que 27 emplois directs, et ne protégera pas les ménages des prix mondiaux cet hiver. Les critiques soulignent que ce gaz sera échangé sur un marché international. Le gouvernement assure pour sa part que la décision reste compatible avec l'objectif de neutralité carbone en 2050.
Ce que l'on peut conclure
Le schéma est cohérent : un choc d'offre au Moyen-Orient se transmet aux prix, puis aux calendriers électoraux et budgétaires, et finit par infléchir des politiques étrangères et climatiques. Les données disponibles ne permettent pourtant pas de mesurer si ces concessions feront réellement baisser les prix. Elles montrent surtout que la contrainte énergétique prime désormais sur la cohérence stratégique des gouvernements occidentaux.
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