Gaz européen : un hiver abordé avec des stocks sous la normale
Stocks de gaz à 67 % contre 80 % en moyenne, prix doublés, flux en recul : l'Europe aborde l'hiver avec une marge de sécurité réduite.
Des stocks en retard sur le calendrier
En septembre, les stockages européens affichaient environ 67 % de remplissage, contre une moyenne saisonnière proche de 80 %. C'est leur niveau le plus bas depuis 2022. L'Allemagne, qui détient la plus grande capacité du continent, est à moitié pleine et devrait manquer sa cible officielle de 80 % cette année. Sur la même période, l'Union européenne aurait payé environ 100 milliards d'euros de plus pour son pétrole et son gaz.
Du détroit d'Ormuz aux réservoirs
La chaîne causale est directe. Les restrictions de transit dans le détroit d'Ormuz réduisent l'offre mondiale, et le gaz européen a plus que doublé depuis le début de la guerre en Iran. Sur un an, le pétrole a gagné 65 %, le diesel 45 % et le kérosène 112 %. Quand le prix grimpe, remplir un stockage coûte plus cher et le calendrier de remplissage prend du retard. L'hiver commence donc avec une marge de sécurité réduite.
Ce que disent les flux physiques
Les données de transit confirment ce rôle croissant des axes restants. Le point d'entrée Emden EPT1, sur la liaison Norpipe vers l'Allemagne, a enregistré 378,1 millions de kWh par jour le 16 octobre, puis 122,5 millions le lendemain. Le VIP Oberkappel (sortie Autriche-Allemagne) est passé de 109,8 millions à 33,2 millions de kWh par jour sur la même période. Les points Mallnow (Yamal) et Baumgarten TAG affichent zéro les deux jours. Waidhaus n'a enregistré que 5 050 kWh par jour d'entrée le 16 octobre, puis zéro le 17. Ces variations d'un jour sur l'autre peuvent refléter des données partielles ou de la maintenance, et il faut éviter d'y lire une tendance.
Une électricité à plusieurs vitesses
Les prix day-ahead du 16 octobre montrent une forte dispersion : 217,94 EUR/MWh en Suisse, 179,22 en République tchèque, 153,07 au Danemark (DK-1), 124,83 au Portugal et 25,58 en Finlande. L'écart dépasse un facteur huit entre les deux extrêmes. La contrainte pèse donc de façon très inégale selon les marchés.
Des facteurs d'atténuation
Le commissaire européen à l'énergie, Dan Jorgensen, n'anticipe aucun problème d'approvisionnement, malgré des prix très élevés. Les taux de fret atlantique et pacifique sont revenus à leurs niveaux d'avant-guerre, ce qui facilite l'arrivée de cargaisons américaines en Europe.
Une marge réduite, pas une rupture
Les éléments disponibles décrivent une marge de sécurité plus faible que d'habitude et une facture énergétique alourdie. Ils ne permettent pas d'annoncer une pénurie. La vigilance doit porter sur la régularité des flux vers l'Allemagne et sur le rythme de remplissage des stockages dans les prochaines semaines.
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