Energía y Materias primas • 5 min de lectura • Kambelys Intelligence Análisis asistido por IA

Gaz européen : stockages à 74 %, la diversification à l'épreuve d'Ormuz

Stockages de gaz européens à 74 % contre plus de 86 % l'an dernier : Ormuz et Ras Laffan fragilisent la diversification, le GNL américain comble une partie

**À l'approche de l'hiver, les stockages européens affichent douze points de retard sur la norme. La paralysie partielle du GNL du Golfe fragilise la stratégie bâtie depuis 2022 et pousse les importateurs vers l'Atlantique, sans les affranchir du risque géopolitique.**

Un stockage à 74 %, loin de la norme saisonnière

Les sites de stockage de gaz européens ne sont remplis qu'à 74 % cette semaine, contre plus de 86 % à la même période l'an dernier et en moyenne sur les cinq dernières années. L'écart dépasse douze points de pourcentage. Il apparaît à l'instant où le continent entre dans la période où le gaz stocké compte le plus.

Ce retard ne vient pas d'un manque d'acheteurs. L'Europe accepte de payer le prix fort pour s'approvisionner. Il reflète un goulet d'étranglement en amont : l'offre de GNL du Golfe, longtemps considérée comme la réponse à la fin du gaz russe, est durablement amputée.

Ormuz et Ras Laffan : l'offre qatarie sous contrainte

Deux chocs se cumulent. Le premier est maritime : depuis le début de la guerre avec l'Iran, le détroit d'Ormuz a été fermé, et le trafic de GNL, en légère reprise, reste plus de 75 % sous ses niveaux d'avant-guerre. Quelques cargaisons qataries et émiraties passent, mais en volumes trop faibles pour peser sur l'équilibre mondial. Beaucoup de méthaniers transitent en outre sans signal, ce qui complique l'estimation des flux réels.

Le second choc est industriel. Les frappes des 18 et 19 mars sur Ras Laffan ont mis hors service environ 17 % de la capacité d'exportation du Qatar, soit 12,8 millions de tonnes par an. Le patron de QatarEnergy a chiffré cette perte à près de 20 milliards de dollars de revenus annuels. Les réparations des unités de liquéfaction endommagées sont estimées à trois à cinq ans. QatarEnergy prolonge chaque mois la force majeure sur ses livraisons, annoncée début mars.

Or le Qatar avait été désigné dès 2022 comme fournisseur de substitution de l'Europe. QatarEnergy et ConocoPhillips ont conclu en décembre 2022 deux accords de long terme pour livrer du GNL à l'Allemagne pendant au moins quinze ans à partir de 2026. Le pilier de la diversification se retrouve donc contraint au moment où il devait monter en puissance.

Le détour par Suez : un symptôme plus qu'une solution

Une cargaison qatarie chargée en août remonte actuellement la mer Rouge vers la Pologne, destinataire final dans le cadre du contrat de long terme de QatarEnergy avec le groupe Orlen. Cette route par Suez est la plus courte vers l'Europe. Elle évite le contournement du cap de Bonne-Espérance, mais elle expose les navires aux menaces houthies dans le sud de la mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb. Le caractère exceptionnel de ce trajet souligne la rareté des flux plus qu'il ne les normalise.

L'Espagne, laboratoire d'une diversification par l'Atlantique

Face à ce manque, le bassin atlantique prend le relais. En septembre, les importateurs espagnols ont complètement cessé d'acheter du GNL russe. Les volumes de Yamal ont été remplacés par des achats supplémentaires aux États-Unis, dont les cargaisons ont fourni 48 % du gaz consommé en Espagne, soit 13,46 TWh, un record.

Le mécanisme est lisible. Quand le GNL du Golfe se raréfie, les acheteurs européens se tournent vers les producteurs capables de livrer par l'Atlantique, hors des chokepoints du Moyen-Orient. Cette substitution réduit l'exposition à la Russie et à Ormuz, mais elle concentre une part croissante de l'approvisionnement sur un fournisseur dominant. La diversification géographique se déplace plus qu'elle ne s'élargit.

Un facteur atténuant : la demande asiatique recule

Le tableau n'est pas uniformément sombre. L'absence de gaz qatari pèse aussi sur l'Asie, où la demande de GNL décline sous l'effet des prix élevés. Cette baisse allège la concurrence pour les cargaisons flexibles et laisse davantage de marge à l'Europe pour se fournir. Le recul de la demande asiatique a un coût économique, mais il limite l'ampleur du déficit de l'Europe.

Le Qatar peut-il revenir plus vite que prévu ?

Du côté de l'offre, des signaux de réponse existent. QatarEnergy accélère son expansion de North Field East : six nouveaux développements d'ici 2029, soit 48 millions de tonnes par an de capacité supplémentaire. Le programme global vise à faire passer la production de 77 à 142 millions de tonnes par an avant la fin de la décennie. Le premier train pourrait démarrer dès novembre, soit plus tôt que le premier semestre 2027 évoqué précédemment. Cette capacité future ne répond toutefois pas au déficit immédiat, et rien ne garantit qu'elle sera exportable si les routes du Golfe restent perturbées.

Ce que les données ne permettent pas d'affirmer

Plusieurs limites s'imposent. Le dossier ne fournit ni répartition des stocks par pays, ni volume agrégé des importations européennes de GNL, ni niveau de prix du gaz européen. Le cas espagnol est une illustration nationale, pas une moyenne continentale. Les séries de données ouvertes disponibles (pourcentages de remplissage et volumes en TWh au 15 octobre) ne portent aucun intitulé de région ou d'indicateur : une valeur de 74,22 % pour 840,8 TWh concorde avec le chiffre de 74 % mais ne peut pas être attribuée avec certitude. Il serait donc hasardeux de chiffrer précisément le risque hivernal.

Une dépendance déplacée plutôt que supprimée

Les faits établis dessinent une conclusion mesurée. L'Europe a réduit sa dépendance au gaz russe, mais la sécurité de ses approvisionnements repose désormais sur des routes et des installations exposées au conflit du Golfe. Avec des stockages douze points sous la norme, une offre du Golfe réduite de plus de 75 % sur la route d'Ormuz et un recours croissant au GNL américain, la diversification apparaît réelle mais incomplète. Son test décisif sera la capacité des importateurs à combler l'écart de stockage avant les mois les plus froids, et le calendrier de remise en service des capacités qataries.

Cet article a ete redige avec l assistance de l intelligence artificielle et verifie par notre equipe editoriale.

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