Dette française : 5,1 % à 10 ans, une prime de risque bien hexagonale
L'OAT à 10 ans dépasse 5,1 % contre 3,44 % pour les émetteurs AAA de la zone euro : la France paie une prime de risque propre malgré Moody's.
Un écart de plus de 1,6 point avec la référence européenne
Mercredi 21 octobre, l'OAT à dix ans a dépassé 5,1 %, du jamais vu depuis 2002. Avant le début de la guerre entre les États-Unis et l'Iran, elle se situait à 3,2 %, déjà jugé élevé. À une journée près, le rendement à dix ans des émetteurs notés AAA de la zone euro s'établissait à 3,44 %. L'écart dépasse donc 1,6 point, soit une prime que les investisseurs réclament à la France et non à l'ensemble de la région.
Une note maintenue, mais sous condition
Vendredi soir, Moody's a conservé la note souveraine à Aa3, avec une perspective négative, alors qu'une dégradation était largement attendue. L'agence suppose l'adoption d'un budget 2027 réduisant le déficit et une modération des coûts de financement comme des tensions sociales. Le gouvernement vise un déficit de 5 %. Mais la perspective négative signifie que le risque de dégradation reste entier : le sursis dépend de deux hypothèses que l'actualité contredit pour l'instant.
Le mécanisme : impasse politique, prime, coût du crédit
La chaîne causale est lisible. Les émeutes du 17 octobre et la mobilisation attendue ce samedi renforcent la crainte que toute tentative d'assainissement bute sur une opposition sociale et politique. S'y ajoutent l'absence d'ambition budgétaire des principaux partis et l'hypothèse d'un second tour opposant Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, dont le programme évoque l'annulation d'une partie de la dette détenue par la BCE. Les investisseurs demandent alors une compensation, qui renchérit le financement de l'État puis celui des ménages : l'immobilier, dépendant du crédit, est le premier touché.
Des marchés déjà sous tension
Le climat d'aversion au risque se lit aussi dans l'indice CNN Fear & Greed, à 26,61 le 20 octobre puis 29,29 le lendemain, en zone de peur. Cet indicateur est américain et ne mesure pas le risque français, mais il confirme un contexte peu porteur. Côté actions, Carrefour a reculé de plus de 13 % après avoir chiffré les pillages entre 80 et 200 millions d'euros. Kering a perdu 16 % et Hermès 7 %.
Les limites de la lecture
La comparaison avec la courbe AAA reste approximative, car elle n'équivaut pas à un écart contre le Bund. Un retour d'acheteurs d'OAT, attiré par les niveaux atteints ou par un report vers les valeurs refuges après la baisse des actions, est possible à court terme. Enfin, les séries macroéconomiques disponibles ne permettent pas de reconstituer l'historique complet de la période.
Ce que l'on peut conclure
La France supporte aujourd'hui une prime de risque qui lui est propre. Le statu quo de Moody's est un sursis, pas un vote de confiance : il dépend de l'adoption du budget 2027 et de l'apaisement social. Sans ces deux conditions, la pression sur les OAT a peu de raisons de se relâcher.
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