Geopolítica y Defensa • 6 min de lectura • Kambelys Intelligence Análisis asistido por IA

Alliances : la crise du diesel redessine les équilibres du Golfe à l'Asie centrale

Pacte turco-saoudo-pakistanais, diesel du Golfe pour la France, bras de fer Rubio-Li Qiang : analyse des recompositions d'alliances en octobre 2026.

**Pacte turco-saoudo-pakistanais, tournée gazière de Macron dans le Golfe, offensive commerciale de Rubio en Asie centrale : en quelques jours, les puissances intermédiaires multiplient les liens parallèles. Entre guerre en Iran et diplomatie américaine plus transactionnelle, la couverture devient la nouvelle norme.**

La semaine du 20 octobre 2026 offre un instantané rare des recompositions diplomatiques en cours. À Ankara, un pacte de défense à trois est soumis au Parlement. À Paris, l'Élysée annonce des livraisons de diesel du Golfe. À Samarkand, Washington et Pékin se disputent l'influence. Ces séquences ne se confondent pas, mais elles obéissent à une même logique : se couvrir dans un monde où l'énergie est devenue un instrument de puissance.

Un pacte de défense qui institutionnalise un axe Ankara-Islamabad-Riyad

L'accord de défense conjointe de La Mecque, signé le 7 août entre la Turquie, le Pakistan et l'Arabie saoudite, vient d'être transmis au Parlement turc. Le texte compte 16 articles. Le premier engage les signataires à recourir à « tous les moyens nécessaires » contre les menaces visant l'intégrité territoriale de l'un d'entre eux. Le second prévoit une assistance immédiate en cas d'agression armée, dans une formulation qui rappelle l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord. Chaque partie reste toutefois libre de décider de l'ampleur et de la nature de son soutien, après une « évaluation objective » des besoins.

L'architecture va au-delà de la clause de défense : coopération industrielle, partage de renseignement, soutien logistique, formation conjointe, comité de défense réunissant ministres des Affaires étrangères et de la Défense. Le pacte est conclu pour dix ans. L'adhésion d'un nouvel État suppose l'accord des trois fondateurs. Un conseiller de la présidence turque y voit une étape vers l'« institutionnalisation » de la coopération stratégique.

Ce cadre a déjà été sollicité. Plus tôt en octobre, les trois pays ont convenu d'activer des « mesures de dissuasion » et de déployer rapidement des forces dans le royaume face aux Houthis, dont les missiles et drones ont visé des installations pétrolières et l'aéroport de Riyad. Le président turc Recep Tayyip Erdogan parle d'un « cercle de feu » autour de son pays.

L'énergie, nouveau ciment des rapprochements

Le mécanisme est d'abord économique. L'Iran bloque le détroit d'Ormuz depuis près de huit mois et le diesel est l'un des produits les plus touchés. Dans ce contexte, Emmanuel Macron a obtenu des Émirats arabes unis et de Bahreïn des engagements supplémentaires de 200 000 tonnes par mois. Avec les livraisons saoudiennes, la France dispose désormais de 295 000 tonnes mensuelles, un peu plus de 10 % de sa consommation. Le Koweït s'est en outre engagé à livrer diesel et kérosène à Mayotte et à La Réunion, par Oman, pour contourner Ormuz.

L'effort est complété par le recours aux stocks : la France libère 10 millions de barils de diesel de ses réserves, ce qui doit faire baisser les prix de 12 à 18 centimes le litre (5 à 8 %) dès le mois prochain. Le G7, que Paris préside cette année, a convenu de puiser jusqu'à 100 millions de barils dans les réserves stratégiques.

Selon Andreas Krieg, du King's College de Londres, ce rapprochement s'inscrit dans un schéma plus large. Les États du Golfe envoient des délégations à Londres, Paris, Berlin et Rome pour obtenir l'accès à des complexes militaires et d'éventuelles participations dans des industriels européens de défense. Il y voit un « enchevêtrement croissant » des intérêts, nourri par la pression d'une Amérique qui les mettrait de plus en plus à l'écart. À Doha, où Macron poursuit sa tournée, la défense anti-drones figure à l'agenda.

Asie centrale : le multi-alignement comme doctrine

La région offre un laboratoire de cette logique de couverture. Marco Rubio a conduit à Samarkand une délégation d'affaires d'environ 300 personnes. Elle a rapporté, selon les autorités ouzbèkes, au moins 54 accords d'une valeur de 12 milliards de dollars, dans l'industrie, les transports, l'énergie, les minerais critiques et la finance. Wabtec doit localiser la production d'équipements ferroviaires. Franklin Templeton, Citigroup et BlackRock doivent faciliter l'accès des entreprises ouzbèkes aux marchés de capitaux.

Mais la veille, le président Shavkat Mirziyoyev recevait le Premier ministre chinois Li Qiang à Tachkent, et le contraste des chiffres est parlant. Le portefeuille de projets adossés à des accords fermes avec la Chine approche 60 milliards de dollars, avec plus de 6 000 coentreprises. Le commerce sino-ouzbek a atteint près de 18 milliards de dollars en 2025, contre environ 1,7 milliard avec les États-Unis. Rubio l'admet à demi-mot (« nous voulons une concurrence équitable ») et assure que sa visite ne vise pas à demander à ses hôtes de cesser de travailler avec d'autres pays. Cette précision a son importance : cet été, l'idée d'un choix explicite entre Washington et Pékin sur l'intelligence artificielle avait été rejetée sans ambages par les dirigeants d'Asie centrale.

Washington : un partenaire plus transactionnel, une relation tendue avec Kyiv

Du côté américain, la prévisibilité est affaiblie par des arbitrages d'ordre intérieur. La flambée du diesel consécutive à la guerre en Iran est un handicap politique pour le Parti républicain à l'approche des élections de mi-mandat. Donald Trump a annoncé un accord sur l'approvisionnement en diesel avec la Russie, assorti d'une levée de sanctions sur ce produit, avant d'appeler le 10 octobre au remplacement de Volodymyr Zelensky. Ce dernier a relié cette décision à une frappe russe qui a tué 20 personnes, dont trois enfants, à Zaporijjia. Il a aussi accusé Washington de retarder la livraison de missiles intercepteurs.

Le canal diplomatique n'est pas coupé pour autant : des pourparlers ont lieu à Oslo entre Zelensky et les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner, avec le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre et le président finlandais Alexander Stubb. La présence de dirigeants nordiques à la table illustre, là aussi, une recomposition où les Européens cherchent à peser davantage.

Ce que les faits ne permettent pas d'affirmer

Plusieurs limites s'imposent. La ratification du pacte par le Parlement turc devrait être longue, avec des débats animés avec l'opposition, et ne se traduirait pas automatiquement par un envoi de troupes. Les 295 000 tonnes de diesel ne couvrent qu'un peu plus d'un dixième des besoins français : l'énergie du Golfe soulage, elle ne remplace pas. Les 12 milliards de dollars de Samarkand restent des annonces, à comparer aux 60 milliards du portefeuille chinois. Enfin, l'idée d'un Golfe cherchant à s'émanciper de Washington repose sur le diagnostic d'un analyste, non sur une déclaration officielle. Aucun allié n'a formellement rompu avec les États-Unis.

Une couverture plutôt qu'une rupture

Ce que révèlent ces séquences, c'est moins un basculement d'alliance qu'une diversification généralisée des garanties. Les puissances intermédiaires empilent des engagements sécuritaires, énergétiques et commerciaux, plutôt que de choisir un camp. Le choc d'approvisionnement lié à Ormuz accélère ce mouvement, et la ligne américaine, tournée vers les prix intérieurs, le rend rationnel. Les prochains indicateurs à suivre sont le calendrier de ratification à Ankara, la solidité des livraisons de diesel du Golfe cet hiver et la conversion en contrats des annonces de Samarkand.

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